Don Juan de Molière ou la métamorphose de l'ange du Paradis,
Acte I d'un conte érotique ayant pour scène le Paradis ou l'Enfer.


Don Juan de Molière.


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Elle est sauvage, brute, cruelle, vicieuse, fétichiste et dans cette chambre sordide; 
sur ce matelas qui a tant généré de fornications sordides, elle suce tout mon sang 
en même temps que mes certitudes de mâle, mais comment m'en délivrer sinon par la mort!
l'ange du Paradis
l'ange du Paradis
J'ai du ouvrir les yeux sur cet ins-temps d'Enfer; il n'y a plus de sang, de sperme, d'odeur fétide, ni de fornication, 
de mortifications, de flagellations ni de tortures, plus de vulve entr'ouverte sur le plaisir sadique, 
ni mon impétueuse verge pour profaner son lupanar public jusqu'à son âme, il n'y a que nuages, des nuages 
comme des condensations de vapeur et un vieil homme à barbe blanche, assis sur un simulacre 
de trône sculpté dans la vapeur condensée; il me regarde de ses yeux perçants et sévères 
et il me parle ainsi: 

- N'es-tu pas Dom Juan, celui que je vois ainsi, n'est-tu pas le plus grand scélérat que la terre ait jamais porté, 
un enragé, un chien, un diable, un Turc, un hérétique, ne crois-tu ni au Ciel ni à l'Enfer, ni au loup-garou, 
toi qui passe cette vie en véritable bête brute, un pourceau d'Épicure, un vrai Sardanapale qui ferme l'oreille 
à toutes les remontrances qu'on lui peut faire, et traite de billevesées tout ce que nous croyons. 
Toi épouseur, baiseur, fornicateur, enculeur à toutes mains, de quels pièges ne te sers-tu pas 
pour attraper les belles: Dames, demoiselles, bourgeoises, paysannes, filles de joie, gaçonnets et fillettes, 
tu ne trouves rien de trop chaud ni de trop froid pour toi. 
Crois-tu que doivent les courroux du Ciel, t'accabler et que chez le diable tu serais chez toi plus qu'ici?(1)


- Ne croyez pas que je puisse succomber à une unique conquête et que je renonce aux autres pour cela, 
et que je n'ai plus de soif pour quiconque?
Pourquoi être fidèle, de m'enterrer dans une conquête unique et de mourir avant que d'éprouver 
toutes choses belles que Dieu a créées pour mon bien. 
Non, la fidélité ne sied qu'aux imbéciles; et toutes les belles ont le droit de succomber à mes charmes 
et la première dans mon lit ne doit pas espérer être la seule à prétendre à mon coeur. Partout, 
je succombe à la beauté là où elle se trouve, et je succombe facilement à cette violence où elle m'entraîne. 
Il serait injuste pour les autres que je m'enferme dans un amour unique.."(1)


- Prétentieux, n'es-tu pas mort dans son lit, alors que ton goupillon avide de copuler 
écoulait sa liqueur séminale dans sa divine ouverture?

- Serais-je déjà mort pour qu'un tel discours vienne meubler mon esprit de cauchemars? 
ou serais-je devant le grand Saint Pierre, pour réaliser les mythes outranciers de ma mère, 
et si ma mère avait eu raison et que je me trouvais devant le grand dispacheur de l'au-delà!

- Tu n'es pas encore au Paradis peu s'en faut, il faut mériter ce que l'on croit être à soi de plein droit 
non pas comme ces belles que tu as ensemencées à tous vents, il n'y a ici qu'une unique belle 
qu'il faut mériter sinon c'est l'enfer, ce lieu sordide que tu as fabriqué de tes propres mains.

-Où suis-je alors?

- Ragarde derrière toi, et tu verras le guide que je t'offrel'ange du Paradis et qui te conduiras là où tes sens 
voudront bien te conduire. 
l'ange du Paradis
C'est tout ce que je peux t'offrir car je ne suis pas là pour te punir mais pour te laisser le choix de ce lieu éternel, du Paradis ou de l'Enfer où tes sens voudront bien t'entraîner.
- Je serais donc accueilli au Paradis par Saint Pierre? Je me retourne, il est là confondu aux nuages, dont il arbore la couleur, mon jeune guide, ni femelle ni mâle, et qui doit me guider à travers les nuages vers mon séjour éternel. Serait-il mon ange gardien, moi qui croyais, pour contredire ma mère, que cet ange gardien serait une femme, mure, dénudée et si facile à baiser? l'ange du Paradis Il me tire par la main, un contact froid comme le nuage dont il fait partie et duquel il se détache pour m'entraîner calmement et sans un mot vers l'inconnu. Nous cheminons ainsi au hasard survolant ou plongeant dans la froide blancheur des cumulus qui se succèdent à l'infini et je me dis que le Paradis doit être bien triste s'il en est ainsi éternellement. Et je pense aux propos du grand Saint Pierre et pourquoi m'aurait-il laissé le libre choix du Paradis ou de l'Enfer! Et c'est ainsi que mes doigts viennent s'enfoncer dans la main de mon ange gardien comme pour éprouver ses sens, s'il en est de ses sens comme des miens et de tirer ce qu'il y aurait de femina en son simulacre d'angrogynie. Il se retourne et me regarde, comme si j'existais, enfin accroché à son membre indifférent. Et devant ce semblant de réaction, je me fais plus entreprenant manipulant sa paume et ses doigts et faisant virevolter son bras à travers les nuages, pour lui arracher un sourire, un petit rire discret qui le transforme en fillette effarouchée. Ce n'est plus un garçon mais une fille en même temps qu'un garçon mais l'un ou l'autre confronté à la peur ou à l'excitation sensuelle. J'ai perçu l'effet produit que je m'empresse d'exploiter comme le plus talentueux des séducteurs. Et je fais tout pour qu'il découvre en lui ou en elle ce qu'il contient de femelle sinon ce qui le transformera en femelle réelle. Et mes doigts se font de plus en plus entreprenants, chevauchant sa tunique blanche sans jamais m'approcher de ses attributs sexuels pour ne pas l'effaroucher ou pour ne pas découvrir ce qui aurait un effet dévastateur sur mes incursions sexuelles, la présence d'attributs mâles. - Tu es belle! Son petit rire naïf trahit son indifférence devant mes mots. - Tu es femme et combien belle serais-tu sous ta tunique blanche.l'ange du Paradis Elle rit encore mais me repousse légèrement comme perturbée par les incursions sournoises de mes mains sur son corps élastique qui se laisse deviner à travers les minces tissus de sa tunique blanche.


Marco Polo ou le voyage imaginaire (Contes et légendes, 10 octobre 2007) © 2007 Jean-Pierre Lapointe
(1)interprétation: Dom Juan de Molière.
Trame originale sur synthétiseur Yamaha: la flûte-mère.


ACTE II