Carte montrant le trajet à travers la Bulgarie, la Jougoslavie et la Hongrie.
3 juillet, Bulgarie.
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Nous avons quitté le poste-frontière roumain de Giurgiu et nous entrons en Bulgarie, le pays communiste qui a la plus mauvaise réputation en
occident après l'Albanie. Nous prenons bientôt contact avec notre première ville bulgare,
Turnovo, la capitale historique de la Bulgarie; construite sur les falaises, nous y avons une vue prenante sur les paysages environnants. Nous parcourons les rues étroites de la ville avec ses maisons en bois et torchis qui surplombent la rue, et les habitants qui nous regardent avec ébahissement. Nous avons l'impression d'être ailleurs et loin de nos mamans.
Nous roulons pendant quelques heures sur des routes montagneuses et pittoresques et nous arrêtons pour la nuit à Madara avant d'atteindre la côte de la Mer Noire.
4 et 5 juillet, Madara, Varna, Albena.
Au matin, nous atteignons la côte Bulgare qui longe la Mer Noire du nord au sud, en continuité avec la côte roumaine. Nous roulons pendant le reste de la journée, en direction nord en s'arrêtant dans les villages côtiers et à l'intérieur des terres. Nous visitons Albena la cité blanche et, à Kremikovts, nous entrons dans un fameux restaurant-bergerie où l'on danse de façon traditionnelle. Nous passerons la nuit à Varna la "perle de la Mer Noire".
À Varna, nous visitons la fameuse forêt pétrifiée. Ce sont de grands arbres de pierre d'aspect sinistre qui se dressent, solitaires, sur le sable de la plage.
Selon l'hypothèse des savants: "cet endroit était autrefois le fond de la mer, et au retrait de
celle-ci, les parties solides du fond de l'océan, appelées mégalithes, sont restées
apparentes."
Nous continuons notre périple longeant la côte en traversant de pittoresques villages de pêcheurs dont Nesebur avec ses maisons de bois pittoresque, puis Burgas, la ville principale de la côte, Sozopol, un autre village de pêcheurs agrémenté de plages magnifiques, Micurin et Ahtopol, des ports pittoresques, les derniers villages avant d'atteindre la frontière avec la Turquie. Nous ne sommes, en effet, que très peu loin d'Istambul la magnifique et pourtant si loin. Nous passerons la nuit à Primorska, l'un de ces pittoresques villages de pêcheurs.
6 au 9 juillet, Primorska, Sliven, Plovdiv,
Nous quittons la côte et Primorska en direction de Sofia la capitale et le centre du pays.
Ce périple prendra deux journées entières à travers des paysages diversifiés. Nous passerons une première nuit à Sliven et une autre nuit à Plovdiv avant d'atteindre enfin la capitale Sofia. Nous aurons alors traversé les villes de Sliven, Kazanluk où se trouve un fameux centre funéraire thrace au pieds des monts Sredna Gora, la vallée des roses au pieds du Mont Stoletov et Karlovo, puis finalement Plovdiv la seconde ville du pays et berceau des antiques Thraces.
10 juillet, Rila
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Nous quittons Sofia avec de jeunes amis bulgares en direction Sud vers les monts Rila dont le plus haut sommet, le Mont Staline atteint plus de 3000 mètres d'altitude. Nous traversons des défilés et des gorges des plus impressionnantes. Nous nous enfonçons dans une gorge étroite longeant la rivière Rilska reka jusqu'au fameux monastère Rila érigé au 10e siècle et qui est entouré de falaises qui semblent le défendre contre les envahisseurs. Le monastère de Rila est un trésor national, un grand centre culturel et un lieu de pèlerinage. Il fut le refuge des nationalistes bulgares contre le règne Ottoman. Nous sommes également près de Borovets, un centre de ski important.
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Nous continuons toujours en direction sud à travers des défilés impressionnants jusqu'au village de Melnik, la plus petite ville du pays, entourée de formations rocheuses surprenantes. Nous sommes tout près de la frontière avec la Grèce. Le village est fameux pour ses vignes et ses maisons en bois et torchis, disposées en encorbellement au-dessus des rues, ainsi que les étranges formations rocheuses d'aspect sinistre, qui semblent s'effondrer sur les maisons perchées.
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9 et 12 juillet, Sofia
Déjà la ville ressemble plus à nos villes occidentales. Carrefour international, elle
offre des vitrines plus garnies, plus occidentales, moins austères que les villes russes.
Au camping, nous rencontrons deux jeunes bulgares qui désirent fuir vers l'occident. Je dois m'incliner devant l'audace de ces jeunes qui semblent n'avoir qu'un
but, la recherche de la liberté, ou ne serait-ce que la liberté de gagner des sous je n'en
sais rien et ne m'en formalise pas. Mais j'accepte d'aider des gens à qui on enlève un droit inaltérable, celui de se
déplacer, là, où nos désirs nous le commande. Je suis moi-même en perpétuels
déplacements et je n'accepterais pas qu'on touche à ce droit fondamental.
Nous passons ensemble une soirée agréable dans un restaurant bulgare typique, sur le
haut du mont Vitosha qui surplombe la ville, une certaine similitude avec Montréal. C'est l'endroit préféré des habitants de Sofia. La descente en auto sera périlleuse, les
occupants, incluant le conducteur, gravement éméchés par le vin. J'ai malgré tout
négocié les cols avec adresse malgré mon état avancé d'ébriété.
Le lendemain, nous passons à l'aéroport échanger, sur notre compte, des devises
bulgares contre des marks allemands. Cet argent servira, je l'espère, à ces assoiffés de
liberté de passer la frontière yougoslave puis celle d'Italie, nous posterons pour eux
une lettre destinée à leur "passeur" yougoslave qui habite Skopje.
Deux charmants garçons que nous espérons revoir au Canada, car c'est là qu'ils
espèrent aboutir.
Ce midi, rencontre chez Tony l'un des deux jeunes hommes et de Marie une
cartomancienne. Elle aborde la description de notre passé avec une précision
déconcertante. J'ai peur pour ce qui viendra. Elle nous fait une démonstration assez
hallucinante de ses capacités et il semble que la justesse de ses commentaires sur nous, nous promettent des présages significatifs. Mais rien. La suite
sera banale. Un tas de clichés, rien de très pathétique, nous en restons sur notre soif.
Nous quittons la maison, et une auto-police se met à nous filer, juste après la
première intersection. Tony qui nous précède en moto nous attire dans des rues
étroites. Nous semblons fuir. Je prends panique, mes angoisses, alimentées par la propagande anticommuniste, ne cessent de me tourmenter, j'ai la certitude qu'on a signalé à la police notre retrait de devises à l'aéroport et nos activités louches avec ces jeunes du pays. Puis l'auto-patrouille disparaît comme par enchantement
Plus tard, lorsque nous serons en eaux moins troubles, nos amis nous expliqueront la situation: une
prostituée opère dans la rue avec des sujets étrangers. Notre matricule aura été signalé et la
police aura fait la vérification d'usage. C'est un alibi très plausible, mais je crois plutôt à ma propre version des faits.
12 juillet, entrée en Jugoslavie
Nous quittons Sofia pour la Jugoslavie. Avant la frontière, nous ramassons un routier
écossais. Les formalités sont expéditives; au poste-frontière, nous ajoutons deux passagers occidentaux, à notre cargaison.
Deux hommes dont les activités nous paraissent louches. Ils sont munis de
plusieurs passeports, je l'ai noté alors que, devant le garde-frontière, l'un d'eux ne
savait plus quel passeport utiliser.
Passé la frontière nous traversons un défilé étroit bordé d'étranges formations rocheuses de couleur laiteuses et sculptées par l'érosion en des formes arrondies d'un effet saisissant.
Un des passagers ouvre ses valises qui contiennent de multiples documents et des photos; une invention extraordinaire, une sorte de tapis magique moderne, une auto volante
appelée "AÉROBILE". Nous pouvons visualiser l'engin. L'inventeur est avec nous, un
passeur d'autos allemandes vers les pays de l'Est, je douterai longtemps qu'il soit
véritablement un inventeur. Pourtant les papiers des "patents" semblent authentiques.
Nous revoyons Nys quatre ans après notre premier passage. Beaucoup de changement
dans la population. À l'époque, l'endroit était encore primitif. Maintenant, c'est une ville moderne, plus
ouverte et les gens sont moins curieux envers les étrangers. Et comme toujours, ce sont les jeunes filles qui
donnent le ton, avec leurs jupettes qui mettent leurs corps en valeur, elles sont appétissantes. Nous
reconnaissons les lieux, avec plaisir. Ce magasin où nous avions acheté nos tasses, est
maintenant la propriété d'Alain. Nous y retournons, mais ça semble changé sur un
point, notre présence ne surprend plus. Nous ne sommes plus des objets de curiosité
comme en 1964.
12 juillet, Autoroute de Beograd
Nous quittons Nys. Au passage, nous reprenons le routier écossais. Nous coucherons le long de l'autoroute avant d'entrer à Beograd; l'écossais, en parfait bohémien, s'installe dans les fourrés pour y passer la nuit.
13 juillet, Entrée en Hongrie
Entrée en Hongrie par la ville Yougoslave de Subotica; nous arrivons dans la ville hongroise de Szebed. Nous passons quelques heures à faire le tour des banques pour y échanger des dollars, ce qui paraît une entreprise impossible de sorte qu'il nous faudra attendre à Budapest en espérant ne pas avoir de grosses dépenses à faire jusque là. Cet inconvénient n'est pas sans nous faire nous interroger, de façon critique, sur le système communiste et le peu d'intérêt porté au tourisme.
13 juillet, Budapest
Route en direction de Budapest au centre de la Hongrie, en passant par Hodmezovasarhely, Szentes, Kiskunfelegyhaza. Détour vers Gugac pour observer les fameux petits chevaux hongrois. Puis continuation via Kecskemet célèbre pour son eau-de-vie à base d'abricots, le "Barack". Puis, arrivée tard dans Budapest.
14 et 15 juillet, Budapest
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Aujourd'hui, visite de la ville de Budapest: la colonne de la Peste, l'église Mathias avec son intérieur orné de magnifiques fresques polychromes, le bastion des pécheurs avec ses sept tourelles, le pont des chaînes qui traverse le Danube et relie Buda à Pest, la basilique Saint-Étienne, l'opéra, la Place des Héros et l'imposant bâtiment du Parlement qui borde le Danube.
Nous passerons une partie de l'après-midi du côté de Buda, avec ses murailles, ses rues étroites bordées de maisons anciennes et une vue superbe sur la ville moderne.
Puis nous visitons les installations du Palais Royal et la galerie nationale remplie d'objets d'art hongrois.
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15 juillet, Visegrad,
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Après ces quelques jours à Budapest, nous reprenons la route par la sortie nord-ouest en direction de Esztergon et Visegrad, près de la frontière avec la Tchécoslovaquie. Visegrad sur la courbe du Danube, est une ville réputée pour ses monuments historiques: la Tour de Salamon et le château du Roi Matthias entre autres. Nous serons béats d'admiration devant le palais royal à l'architecture gothique.
Au sortir de Visegrad, sur les hauteurs, nous avons une vue magnifique sur la "courbe du Danube". Si vous pensez à la chanson "le beau Danube bleu", oubliez ça. Le Danube est brun, il charrie jusqu'à la Mer Noire, toutes les alluvions de l'Europe.
Estergom est marquée par la présence d'une immense Basilique et une galerie d'art célèbre.
16 juillet, Parad
Après cette visite de la courbe du Danube, nous repassons par Budapest et filons en direction Nord-est. Nous nous arrêtons à Parad où nous visitons le musée et où nous passerons la nuit.
17 juillet, Eger, Miskolc, Debrecen,
Nous quittons Parad au matin et traversons Eger, ville baroque où les habitants portent toujours le costume traditionnel puis la ville de Miskolc, porte d'entrée de la région des Tatras, les montagnes des "Terres Hautes du Nord", très appréciées par les vacanciers.
Nous traversons ensuite Mezokkovesd célèbre pour ses broderies où nous visitons le musée Matyo House, là, des hommes exécutent sous nos yeux les travaux de broderies. En route nous nous arrêterons dans ces immenses plaines du parc national hortobagy où vivent des milliers d'oiseaux et où paissent des animaux sauvages de toute sorte, un véritable "far-west hongrois" qui était, autrefois, le terrain de chasse favori des chasseurs hongrois. Nous prendrons le café à la célèbre "auberge des hors-la-loi", où l'on peut apprécier des danses folkloriques et de la musique tzigane. Nous filons ensuite sur Debrecen où nous passons la nuit, après la visite du musée d'art. Le soir, nous dinons dans un Kisvandéglo.
Nous reprenons la route vers Budapest en passant par Hajduszoboszlo et Karcag qui est reconnue pour ses poteries en forme d'homme puis Szolnok et sa colonie d'artistes.
18 juillet, Budapest
Ce soir, nous remontons dans Buda pour un dîner à saveur hongroise, avec goulasch et musique tzigane. Les violons de cette musique rythmée nous accompagnent tout le long du repas; puisque nous sommes peu de clients et les seuls étrangers, toute l'attention des musiciens nous sera consacrée.
Le lendemain, nous faisons route à nouveau, en direction du fameux lac Balaton, cette véritable mer intérieure adulée par les vacanciers hongrois.
Nous avons rejoint le fameux lac Balaton. Il est passé midi et le ciel se déchaîne en une averse impressionnante. Nous nous garons à proximité du lac dont les eaux se confondent avec celles venues du ciel. Nous dormirons quelques heures avant de continuer notre route.
Nous faisons le tour complet du lac Balaton, passant par Siofok une importante station balnéaire, le village du Byzsak où les gens portent toujours le costume national. De l'autre côté du lac, nous visitons le village historique de Tihany installé sur une presqu'île qui se prolonge dans le lac Balaton. Le long de la route, nous apercevons des falaises trouées de plusieurs grottes naturelles aménagées en habitations. L'effet est surprenant et insolite. Nous prendrons un repas froid dans une cave aménagée en restaurant, le "Caesar cave prince".
Nous quittons ensuite les rives du lac et traverserons Veszprem avant d'atteindre Sopron et la Tchécoslovaquie. Vesprem est célèbre pour ses sculptures sur bois, crées par des bergers au talent naturel et qui ont surtout, beaucoup de temps. Passé Vesprem, nous faisons un arrêt à Herend pour la visite du musée de porcelaine.
20 juillet, Sopron
Nous circulons dans la magnifique ville frontalière de Sopron. Nous nous promettons d'aller manger ce soir, dans l'un des restaurants typiques de la vieille ville. Nous revenons plus tard, alors que les rues sont déjà désertes, à la recherche d'un restaurant que nous avions identifié plus tôt. Mais je ne retrouve plus l'endroit, je tourne en rond et je semble perdu contre mon habitude, Marie est contrariée et nous décidons d'entrer dans le premier petit estaminet venu pour nous ravitailler en vitesse et sans le romantisme escompté.
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21 juillet, Autriche
Nous sommes à Vienne, ville merveilleuse que nous avons visitée en 1964. Les rues semblent avoir été bombardées. On construit le métro et c'est un véritable chantier à ciel ouvert. Nous campons sur le camping à proximité de Vienne.
Le soir, nous montons sur les montagnes du Grinzel toutes proches, où nous passerons la soirée dans l'un des restaurants typiques de l'endroit.