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Avertissement: Ce n'est qu'après huit mois de route que je décide de rédiger cette chronique.
L'idée m'en est venue, ou devrais-je dire la liberté, sur le bateau en route pour
l'Égypte. J'avais les mains enfin libres. Plus d'auto, cet instrument diabolique qui
m'aura enlevé mes moyens littéraires. Je n'aurai guère écrit, dessiné, chanté, joué durant ces mois, concentré sur le volant, absorbé à éviter les récifs
des routes du monde. Me voilà libéré pour quelque temps, pour ce voyage
d'Égypte, et j'espère, pour la fin du voyage, garder les mains libres, le temps
qu'il faudra, pour la rédaction quotidienne de ces chroniques.
Je ne veux pas en faire un essai littéraire, mais plutôt un mémorandum, que je pourrai consulter plus tard. J'ai l'impression d'avoir perdu mes capacités intellectuelles et ma facilité à l'écriture. Je pense plus vite et ma main ne peut suivre ma pensée et je ne voudrais pas perdre celle-ci de sorte que j'écris sans me réviser en oubliant l'aspect littéraire du texte, pour le moment du moins. Ce journal est donc conçu comme un réservoir d'impressions qui pourra me servir le jour où j'en aurai besoin. |
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Le Caire, le 24 janvier.
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Notre intention était de faire le trajet par le désert mais après une heure de trajet, nous sommes toujours dans les villages, longeant le désert. Nous nous arrêtons. Il faut régler certaines choses avec le patron. Nous sommes 7 en tout, 2 américains Bill et Charles, 2 finlandais Simn et Jacques, Line, Marie et moi. Il y a autant de guides et les 7 chameaux. Je discute avec les arabes pour limiter à un le nombre de guides. Ils refusent, et finalement nous nous entendons sur 3
Nous les avertissons qu'il n'y aura pas de déboursés supplémentaires, les arrangements étant déjà faits avec Ismaël, que nous prendrons la route du désert et non les chemins à travers les villages en bordure du Caire, comme font tous les touristes et comme il se peut être fait à pied où en auto. Je quitte mon chameau pour terminer le trajet sur mes pieds. Le coulis du chameau m'est insupportable. Il fait plus chaud dans le désert. Après 4 heures de route, nous sommes à la pyramide de Sakkara située à 15 kilomètres de Gizeh. Un restaurant, 200 touristes et 4 autocars nous attendent là-bas. Les touristes sont attablés, boivent du Coca-Cola, achètent des cartes postales. Dès qu'ils nous aperçoivent, ils se précipitent sur nos chameaux pour se faire photographier la binette. Il y a prise de bec entre les arabes du site et nos chameliers. Les premiers utilisant nos chameaux pour photographier les touristes et en soutirer ainsi de l'argent ce qui ne plaît pas à nos chameliers.
Nous visitons la pyramide. Nous escaladons les clôtures plutôt que d'utiliser
l'entrée, un garde veut les billets que nous n'avons pas et qu'il est impossible de
se procurer sur place. Il argumente sauvagement. Des touristes nous filent leurs
propres billets que nous présentons à l'arabe. Il est heureux, exhalté, mille
saluts, bonjour. Un guide portant un fusil à pigeons nous amène à l'intérieur de
la pyramide et ouvre un tombeau. Inscriptions, dessins, sculptures colorées
magnifiques. A la sortie il m'accoste, il veut de l'argent. Pas question. Nous
avons les billets. Il me menace et charge son fusil, je me tourne vers Marie et
éclate de rire. Il est ainsi désarmé. Nous nous disons au revoir. Nous visitons
les tombeaux des rois dans les caves sombres de la pyramide. Nous croisons
un père américain et son jeune fils, des touristes typiques qui distribuent les
pourboires à tout vent. Nous épiloguons sur cette contamination
touristique et les effets néfastes qu'elle a sur les "bums internationaux"
que nous sommes.
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Le musée archéologique du Caire, le 27 janvier.
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Visite de la pyramide de Gizèh. Nous pénétrons à l'intérieur de celle-ci jusqu'au tombeau du pharaon tout en découvrant l'histoire incroyable des voleurs qui ont su se rendre jusqu'ici en évitant tous les pièges.
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Nous rendons visite à l'ambassade du Canada en Égypte. Ce n'est pas la première ambassade canadienne que nous visitons à l'étranger. A chaque fois, nous nous reposons la question à savoir si cette institution est bien représentative du pays de nos pères. Au Caire, c'est une jeune secrétaire qui me reçoit et qui refuse totalement d'utiliser ma langue, c'est aussi une jeune secrétaire qui tape le document dont j'ai besoin, et qui le tape en sa langue (et non dans la langue du client), et c'est à un haut commissaire de langue française, que je dois cet accroc à l'essence même de mon pays, comme si cette définition n'existait là-bas que pour noyer les rêves nationalistes d'une poignée de concitoyens d'un autre âge.
J'avais eu le même problème à Beyrouth ville d'expression française et à l'ambassade d'Athènes tenue alors par son Excellence Antonio Barrette. Partout, la langue du pays n'est plus l'une des langues officielle du pays, ni celle de l'ambassadeur mais celle des secrétaires, des réceptionnistes importées ou locales mais dont le cerveau a d'abord été imprégné du racisme anglo-canadien véhiculé par les fonctionnaires permanents de ces représentations soi-disant officielles.
A l'ambassade, nous faisons la rencontre de Liliane Saddich, désirant émigrer à Montréal et qui est d'expression française.
Marco Polo ou le voyage imaginaire (Voyages et photos de l'auteur, 1969) © 2001 Jean-Pierre Lapointe