Chroniques d'un voyage au Moyen-Orient en 1963-64.

SyrieLibanJordanie
Syrie, Liban et Jordanie.


(pour profiter au maximum du voyage, attendez patiemment l'éclosion des images et de la trame musicale)




11 janvier 1964, entrée en Syrie.
Nous faisons notre entrée en Syrie. Nous remarquons immédiatement l'augmentation importante du niveau sonore dans les villes"Ici, les claxons font office d'outils de communication de sorte que c'est la cacaphonie la plus complète. Si vous ne reconnaissez pas ce langage qui s'accompagne de gestes des mains et d'articulations exagérées des machoires humaines vous êtes voués à l'inertie.

12 janvier 1964, Aleppo.
Arrivés dans la ville d'Alep, nous entrons, Marie, Okum et Moi dans un estaminet face a la fameuse citadelle d'Alep. Nous sommes accueillis par des regards perplexes. En effet, il est inhabituel que des femmes s'introduisent dans de tels lieux réservés qu'aux hommes. Dans le regard de ceux-ci, on note un certain accomodement mêlé d'une sensualité non dissimulée, envers ces jeunes femmes occidentales qui ne sont peut-être pas tout à fait des femmes. Le propriétaire veille cependant sur nous, heureux qu'il est d'accueillir d'étranges étrangers.
alep. Le nom d'Alep viendrait de « halab Ibrahim » (le lait d'Abraham).

Les Arabes bâtissent les principaux monuments de la ville : la grande mosquée, bâtie en 715 par le calife Al Walid, reconstruite en 1129 par Nur ad-Din, la Madrassé Halawiyé (école), sur l'emplacement de l'ancienne cathédrale Sainte-Hélène, la citadelle, bâtie par l'Hamdanide Saif Ed Daoula, les souks (marchés couverts), les khans (caravansérails). Aux Omeyyades succèdent, au Xe siècle, les Hamdanides. C'est l'âge d'or d'Alep. Elle passe ensuite aux Fatimides puis aux Seldjoukides. En 1098 et 1124, Alep est assiégée par les Croisés, qui échouent devant ses murs. En 1183, elle revient à Saladin et à la dynastie des Ayyoubides. En 1260, Alep est prise par les Mongols avant d'être reprise par les Mamelouks en 1317.
(Wikipedia)


Nous poursuivons notre route en direction de la côte méditerranéenne à nouveau et traversons Latakia et Tartus pour finalement atteindre le fameux Krak des chevaliers. Ce lieu hante nos esprits depuis notre arrivée en Syrie, siège inexpugnable des croisés en route pour la conquête de Jérusalem et des lieux saints. En escaladant la colline et en traversant ce village arabe qui git à ses pieds, on ne peut que penser à la continuité historique qui fait que les croisés de ces temps anciens existent toujours, dans l'esprit de cet américain rencontré à Athènes et d'autres trop nombreux qui entretiennent l'esprit de conquête au nom de la religion. Il n'est pas impensable que ces croisés comme ceux d'aujourd'hui étaient d'une certaine façon des barbares qui croyaient envahir des peuples barbares.
Krak Chevaliers Le Krak des Chevaliers, est une forteresse des Croisés et l'une des structures médiévales les mieux conservées dans le monde. Le Krak des Chevaliers était le quartier général des Chevaliers hospitaliers durant les croisades. Il était aménagé pour une garnison de 1150 a 2,000 combattants. Les murs intérieurs ont une épaisseur pouvant atteindre jusqu'à 30 mètres à la base et des tours de garde de 10 mètres de diamètre.
Le Krak servit de modèle au Roi Edward I d'Angleterre, qui y a séjourné durant la Neuvième croisade de 1272, pour la construction des châteaux en Angleterre.
(Wikipedia)

Krak Chevaliers.


13 janvier 1964: Hama et Homs.
Nous poursuivons notre route en direction de Damas et faisons un arrêt dans la ville d'Hama pour visiter les célèbre norias qui parsèment la cité. Nous nous arrêtons tout près d'une de ces structures étranges, le long de la route où nous attendent de nombreux jeunes hommes prêts à nous faire visiter ou pour surveiller la voiture. Ces immenses roues toujours en fonction, servent à remonter les eaux de l'Orante pour la culture des hautes terres de la région d'Hama.
Krak Chevaliers Hama signifie Forteresse en arabe et portait le nom d'Epiphania dans l'Antiquité. Elle fut le théâtre de violents affrontements entre les Frères musulmans, les nationalistes arabes du Baath irakien, la gauche syrienne et l'armée Syrienne de Hafez el-Assad en février 1982.
La ville aujourd'hui est une ville agréable, étape entre Damas et Alep, dominée par les très grandes norias sur le fleuve Oronte. Malgré la répression de 1982, Hama demeure une ville très religieuse, tant par le nombre de mosquées (sans cesse en expansion) que par les moeurs locales.


Nous poursuivons ensuite notre route jusqu'à Homs où nous bifurquons en direction du désert et du fameux site archéologique de Palmyre.
palmyre.palmyre.

Après la visite des célèbres vestiges, nous nous rendons au seul hotel des lieux pour demander un gite pour la nuit sur les terrains de l'hotel ce qui nous est catégoriquement refusé par le gérant européen de l'hotel. Ne trouvant pas qu'il serait sécuritaire de bivouaquer librement, nous décidons de revenir sur Homs la nuit. C'est un voyage pénible, ayant l'impression d'être suivis par quelques véhicules dont nous apercevons les phares et qui nous suit de loin depuis le début du périple à travers ce mystérieux désert, nous sommes anxieux d'atteindre Homs. Nous y sommes enfin et nous passerons la nuit dans un petit hotel.
palmyre. Palmyre est une oasis du désert de Syrie. Son nom sémitique, attesté déjà dans les archives de Mari (XVIIIe siècle av. J.-C.) est Tadmor. C'est toujours son nom actuel. La ville s'est développée sur un tell recouvert au Ier siècle par la terrasse du Sanctuaire de Bel. C'est au Ier siècle av. J.-C. que la cité est mentionnée dans les sources gréco-romaines. Elle faisait partie d'un réseau marchand reliant la Syrie à la Mésopotamie et à la côte méditerranéenne. La Bible attribue la construction de Palmyre au roi Salomon.
Au cours de la crise du IIIe siècle, Palmyre échappa aux invasions perses qui ravagèrent la Syrie en 252 et 260. Après 260 c'est un notable de Palmyre, Odénath, qui fut chargé par l'empereur Gallien de coordonner la défense de l'Orient. Quand sa veuve Zénobie tenta de prendre le pouvoir comme impératrice avec son fils Wahballat, Palmyre se retrouva impliquée un peu malgré elle dans une guerre civile romaine. En 273, vaincue par Aurélien à Antioche puis à Émèse, Zénobie se replia avec ses troupes sur Palmyre, où Aurélien vint la poursuivre. Dans un premier temps les notables de Palmyre se rallièrent à Aurélien et chassèrent Zénobie, qui fut arrêtée. Aurélien laissa à Palmyre une petite garnison et rentra en Italie. À ce moment éclata dans la cité une révolte qui tenta de remettre le pouvoir à Antiochos, le père de Zénobie. Aurélien revint sur ces pas, mata la révolte et exerça des représailles sur la ville. Ses principaux sanctuaires furent pillés, et l'empereur réquisitionna tout le quartier ouest de la ville pour y installer à demeure la Ière Légion Illyrienne.
(Wikipedia)


En route vers Damas, nous faisons un détour pour nous diriger vers le village typique de Maaloula.
maloula Village chrétien de Maaloula, où l'on parle encore l'araméen du temps du Christ. Village caractérisé par la couleur bleu pastel des maisons qui s'accrochent au flanc de la montagne parsemée de cavernes où logent encore des habitants. Au sommet, le couvent de St-Serge où les services religieux sont toujours donnés dans la langue du temps du Christ, l'araméen.
Selon la légende, une fissure subsiste dans la montagne qui fut miraculeusement ouverte dans la montagne pour donner le passage à la fille du potentat régnant, pour la sauver de la mort suite à sa conversion au christianisme.

maloulamaloula


14 janvier 1964: Damas.
Nous faisons un court arrêt à Damas, juste le temps d'un aperçu rapide de cette ville historique. Puis nous reprenons la route en direction de Beyrouth puisque nous reviendrons à Damas.

15 janvier 1964: Beyrouth.
Au sortir de la Syrie et après le passage des cols, nous avons une vue surprenant de la ville de Beyrouth et de la méditerranée. Puis c'est la longue descente vers cette ville qui nous semble, de loin, pleine de surprises.
Beyrouth
Nous aboutissons nécessairement sur la grande place des martyrs qui s'ouvre largement sur la méditerranée et qui est flaquée en son centre, du magnifique monument aux martyrs. Tout autour de la grande place, les échoppes des marchants sont invitantes et nous aurons tout ce qu'il nous faut y compris les changeurs en préparation de notre départ prochain vers l'Égypte.
Nous nous installons à l'auberge de jeunesse de Beyrouth pour tout notre séjour dans cette ville. Le jeune aubergiste fait valoir son authorité par des exigences bien signalées comme l'interdiction formelle du comcubinage dans les dortoirs qui sont séparés par sexe. Lorsque nous passons près de sa chambre, l'on sent une odeur désagréable de chaussette sale.
beyrouth Beyrouth est la capitale du Liban. Elle est également un centre financier et un port de commerce sur la Méditerranée. C'est un centre culturel d'une importance majeure dans l'est de la Méditerranée et les pays arabes. Beyrouth peut être considérée, du fait de son emplacement stratégique, comme un carrefour entre trois continents (l'Asie, l'Afrique, et l'Europe), et un accès vers l'Orient. Petit port phénicien, puis cité moyennement importante de l'Empire romain, renommée pour son école de droit, Béryte subit un terrible tremblement de terre, accompagné d'un tsunami, en 552, elle ne s'en remettra jamais vraiment jusqu'à l'époque moderne. Le lieu a commencé à devenir une ville à proprement parler à la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle. (Wikipedia)


17 janvier 1964: Byblos Tripoli.
Nous quittons Beyrouth en direction nord vers la ville historique de Byblos et la seconde ville du pays, Tripoli. Nous longeons la côte méditerranéenne coincée entre la mer et les monts anti-libans qui séparent le passage avec la vallée de la Béka coincée entre deux chaines de montagnes.
tripoli. Tripoli (Trablous en arabe) est la seconde ville du Liban, avec près de 200 000 habitants.
Son nom vient du grec Tripolis, elle fut nommée ainsi du fait de sa séparation en trois parties distinctes par les commerçants venant de Tyr, Sidon et Aradis.
En 1102, lors de la première croisade, la ville fut assiégée par Raymond IV de Toulouse. Le siège dura près de 10 ans, infligeant de lourds dégâts à la ville, qui tomba aux mains des croisés en 1109. Elle fut ensuite, durant le temps des croisades, la capitale du comté de Tripoli, l'un des principaux États francs du Levant. En 1289, les mamelouks, emmenés par le sultan Qala'ûn, conquirent la ville. Du temps des Mamelouks, Tripoli garde encore un cachet tout spécial constitué par les nombreux monuments religieux reconnus par les couleurs blanches et noires de leurs façades. La vieille ville renferme des mosquées hors du commun comme celle de Taynal, Moaalaq, Tahham, Bortasiyyeh.
On retrouve dans le cœur de Tripoli, le souk El Bazerkane, le souk Al-Attarine, le Bab el Ramal, des vieilles maisons ou des anciens palais marqués par le temps et les décennies de négligence, témoins du faste de la ville. Maisons méconnues, car cachées.
(Wikipedia)

Nous parcourons les ruines anciennes de Byblos sises directement sur la mer. Ces ruines ne laissent apparentes que les fondations des constructions de sorte qu'elles sont difficiles à imaginer en volume. Le quartier historique de la ville est tout à fait charmant, avec ses multiples boutiques, ses arcades fleuries. Nous nous rendons jusqu'à l'ancien port dont l'entrée était protégée par une immense chaine disposée entre deux tours de garde.
Byblos.Byblos. Byblos ou Biblos (appelée aussi Goubla dans les textes cunéiformes, Gebal dans l'Ancien Testament, Giblet pendant les croisades, Jbeil en arabe) est une ville libanaise située à 37 km au nord de Beyrouth. Avec son antique port de pêche, son site romain et son château croisé, Byblos est une des vieilles villes du monde continuellement habitée.
Byblos est habitée de manière continue depuis plus de 7000 ans. Les traces les plus vieilles d'une occupation humaine sur le site sont celles d'un village de pêcheurs du Néolithique, établi probablement vers 5000 av. J.-C..
Dès le milieu du IIIe millénaire av. J.-C., la cité-État de Byblos est colonisée par les Phéniciens et devient un centre religieux important. Le temple de Baalat Gebal était ainsi célèbre dans le monde antique. Les liens entretenus par la ville avec l'Égypte sont très étroits et sont à l'origine du rapide développement culturel et religieux de la cité. Byblos est aussi un port actif qui exporte les bois du Liban vers l'Égypte et importe du papyrus égyptien pour le revendre à travers toute la Méditerranée.
En 2150 av. J.-C., les Amorites envahissent la ville et mettent un terme provisoire à la prospérité de la ville. L'occupation des Amorites s'achève avec l'invasion d'un autre peuple, les Hyksos, en 1725 av. J.-C.
(Wikipedia)


21 janvier 1964: Sidon et Tyr.
Nous revenons sur Beyrouth pour régler les formalités de notre séjour en Égypte. Nous réservons sur un bateau Égyptien en "classe pont" de sorte que nous coucherons sur le pont du navire. Nous laisserons la voiture dans le parking souterrain d'un édifice.

23 janvier au 16 février 1964: voyage en Égypte.
Pour une description et des images de ce voyage, consulter les pages suivantes:
récit de Voyage en Égypte.

16 février 1964, sur le bateau Syria pour le voyage de retour sur Beyrouth
Encore une fois, il nous faudra subir les retards, les formalités et la mauvaise organisation des agents égyptiens.
Il faut, de nos propres moyens, trouver les douaniers, les policiers, les estampilleurs de passeport, les fouilleurs de bagages, les contrôleurs d'argent, les vendeurs de sandwich et finalement le bateau puis enfin la cabine.
Nous quittons avec joie le Syria en provenance d'Alexandrie et retrouvons à Beyrouth, un peu de civilisation, notre auto et notre liberté. Nous avons quitté l'Égypte pour reprendre notre véhicule garé dans un sous-sol d'un immeuble de Beyrouth.

19 février 1964, le Liban
Après quelques jours de formalités à Beyrouth, nous prenons la direction sud du Liban vers Sidon et Tyr. Une distance 100 kilomètres. Nous abordons un barrage militaire à l'approche de Tyr. Nous sommes si près d'Israël, la tension se voit dans les visages des gardes. Nous voyageons sans passeports ceux-ci étant déposés à l'ambassade de Jordanie pour l'obtention d'un visa.
Nous avons, dans l'auto, nos seconds passeports pour Israël. Ces passeports sont délivrés par notre consulat pour éviter que le passeport principal porte l'estampille d'Israël. Il ne faudrait pas que les gardes les voient, nous aurions des complications.
On nous retient plus d'une demi-heure. Il faudra chercher quelqu'un qui comprend le français ce qui devrait être une formalité dans ce pays autrefois possession française. On nous amène finalement un soldat qui parle français, c'est-à-dire anglais, enfin qui parle étranger. Parler étranger, c'est surtout parler anglais. Nous montrons nos papiers, permis de conduire que l'on veut nous confisquer jusqu'à notre retour du sud.
Je refuse disant que j'aurais besoin de m'identifier en cas de collision ou autre problème. On les voit alors téléphoner, on ne sait où. Les responsabilités seront prises ailleurs par quelqu'un de haut placé. On téléphone sûrement à un officier supérieur. On nous laisse finalement passer.
Vers 5 heures, vous repasserez n'est-ce pas? Évidemment, si je ne repasse pas, je serai en Israël. Et ça ne passe pas.
Bande de cons, que je me dis, vous avez une division blindée à la frontière, des barrages de soldats à tous les 10 kilomètres, peut-être, et vous croyez que ma Volks passera inaperçue jusqu'en Israël? Je repasserai avant 5 heures, celà est certain.
Je suis enfin parti en direction de Tyr.
Sidon-TyrSidon-Tyr Sidon ou Saïda est la Saidoon des Phéniciens, Sagette ou Sayette durant les Croisades, (nom donné par les Francs). Saïda, la Sidon de la Bible, recèle une histoire longue, riche et mystérieuse et traversa les siècles avec des destinées diverses au contact des Phéniciens, des Assyriens, des Perses, des Croisés, des Arabes, des Ottomans, des Français. L'antique Sidon serait l'une des plus vieilles villes de la côte phénicienne, fondée par le fils de Canaan, petit-fils de Noé.
Avec Tyr et Byblos, ses rivales, elle développa le commerce maritime et fut l'un des plus importants ports de la Méditerranée orientale aux environs du XIIIe siècle av. J.-C., avant sa dévastation probable par les Peuples de la Mer et l'hégémonie de Tyr aux environs du IXe siècle av. J.-C. Elle fut ensuite soumise aux puissances du Proche-Orient.

Sidon-Tyr.Sidon-Tyr.Sidon-Tyr. L’histoire de Tyr se confond avec celle de Sidon surtout que, sur plusieurs périodes, les deux villes étaient unifiées. L’histoire de Tyr est très longue et remonte loin dans l’histoire. Hérodote qui visita la ville en 450 av. J.-C. fut informé par les prêtres du temple de Melkart que la ville avait été fondée en même temps que le temple et que Tyr était habitée depuis 2300 ans, ce qui nous donne la date de 2700 av J.-C.
Le Nouveau Testament y place un voyage de Jésus. Une église chrétienne y est ensuite fondée, et les Actes des Apôtres déclarent que saint Paul y passe sept jours en revenant de Chypre. Un évêché est attesté dès la fin du IIe siècle. Un concile s'y tient en 355. Selon saint Jérôme, le père de l'Église Origène y meurt, et est enterré dans la basilique.
En 636, Tyr tombe aux mains des Arabes. Elle passe ensuite aux Seldjoukides (1089), puis est prise par les croisés (1124). En 1291 elle est prise par les Mamelouks.
(Wikipedia)

Nous traversons des camps de réfugiés palestiniens qui sont dans un état lamentable, je cueille un soldat dans ma voiture que j'amène jusqu'au prochain barrage, cela m'assure d'éviter une fouille abusive à ce poste frontière. C'est là que nous nous arrêtons.
Je sens que nous serons de plus en plus surveillés, les paysages d'Israël se profilent déjà à l'horizon, nous les apercevons presque, nous sommes décidément trop près et si près des problèmes frontaliers. Nous faisons demi-tour. Nous reprenons la route de Beyrouth.
Qu'elle chos étrange. Haïfa est à moins d'une heure et pourtant, il faudrait des jours et beaucoup de patience et de ruse pour s'y rendre. Mais qui voit Haïfa dans ses rêves.

Je me procure une carte du Moyen-Orient dans une librairie de Beyrouth.
Le mot Israël y est effacé. Toutes les cartes vendues dans les pays arabes sont ainsi trafiquées pour ne pas y voir apparaître le mot Israël usurpé au nom de Palestine.
C'est comme un produit usagé, égratigné à l'endroit du mot Israël, mais qui pourrait les blâmer, autres que ces manipulateurs d'occident qui refont de temps en temps les cartes du monde sur le dos des peuples, pour expier leurs propres génocides. Je la retourne au libraire prétextant qu'elle est usagée, c'est alors moi qui fait ainsi de la politique au nom d'Israël dont je n'ai rien à foutre, parcequ'ils ont les moyens de se défendre eux-mêmes aidés en cela par mon propre gouvernement.


20 février 1964, Beyrouth, Hotel St-Paul
Marie est malade depuis deux jours. Elle a la grippe. Elle doit garder le lit. Puis c'est à mon tour d'être malade. J'essaie de rester au lit, on m'y chasse. Il faut quitter l'auberge de jeunesse entre 10 et 16 heures. Je dormirai dans l'auto. La fièvre me tourmente. Marie a été très souffrante. A midi je force les portes de l'auberge et je me recouche. A 14 heures, le directeur me fait appeler. Il nous fera transporter à l'hôpital. Il ne peut nous garder à l'Auberge pour éviter que nous propagions notre mal. Nous devrons détaler au plus vite, l'ambulance ne viendra pas, elle ne se déplace que pour les blessés, et nous ne le sommes pas. Il faut partir de nos propres moyens. On ne peut nous garder ici, malades, pour ne pas contaminer les autres pensionnaires.
Oui monsieur, on ne vous embêtera plus; j'en avise Marie.
C'est triste de partir ainsi malade, on emballe tout. Nous décidons de ne pas joindre l'hôpital, par mesure d'économie, nous recherchons un petit hôtel. Nous faisons les petits hôtels sur la rue de l'Université américaine. Ils sont trop chers. Il semble que ça prendra un temps fou. Nous n'avons pas de chance. C'est ce que nous disons toujours. Au bout de la rue, il y a l'hôtel St-Paul. Nous nous y arrêtons. J'ai envie de ne pas aller voir, ça semble aussi prétentieux que les autres, mais par curiosité, nous y entrons. Les prix ne sont pas tout à fait intéressants. Nous retournons? non. Nous verrons les chambres. Là haut, nous aurons un prix fabuleux. Incroyable, comparativement aux prix d'en bas. Une chambre minuscule, une convalescence de peu de durée qui nous remettra sur pied en deux jours.

22 février 1964, Excursion vers les Cèdres.
Les cèdres. Nous voulions choisir notre journée. Nous n'avons plus le choix. C'est notre seul jour libre. Mais il pleut à verse au sortir de Beyrouth. Nous arrivons à Tripoli. Tant de choses que nous voulions voir et nous repartirons sans doute sans rien voir à cause du mauvais temps. Nous quittons la ville détrempée, nous nous perdons dans le labyrinthe des rues, et nous découvrons ainsi la ville, la Mosquée, le château, la bazar où nous irons faire une ballade. Il y a un couple de touristes en ville, des Anglais, des touristes, on ne sait plus faire la différence.
les cèdres.
Nous atteignons Les Cèdres sous la neige. Quelques heures et la pluie se transforme en neige, dans les hauteurs. Neige, brouillard, routes périlleuses. Des ombres inquiétantes se profilent dans le brouillard, ce sont d'abord les boites à ski, puis les premiers arbres. Puis d'autres cèdres mystérieux, enveloppés de brouillard et de neige. Les skieurs sont repartis. Le temps est trop maussade. Nous redescendons dans les lacets encombrés de chauffards qui nous ramènent endirection de Beyrouth. Chauffards suicidaires, impétueux kamikazes de la route ces libanais que nous croisons et qui nous dépassent ou nous empalent sans vergogne.

Et je pense aux insultes secrètes dont j'affublais mes concitoyens sur les routes de la belle province, je devrai désormais considérer ceux-ci comme des gens civilisés, gentilshommes, sages, prudents, gentils et quoi encore comparé aux intrépides libanais, mais cette soudaine confiance pourrait me faire perdre toute forme de prudence ce qui me serait fatal.

L'expérience de conduite est tellement stressante qu'on peut être tenté de juger tous les aspects d'un peuple à sa façon de se conduire derrière un volant ce que je ne cesse de faire et dont je me repentirai sûrement un jour lorsque l'effet du temps saura remettre les choses en perspective.

23 février 1964, Beyrouth.
Une autre égratignure sur la voiture. Une nouvelle, tombée du ciel, comme ça. Le matin, au réveil, elle est là, elle m'attend. De la fiente humaine sur le capot de ma voiture. Et je peste sur la foule anonyme, qui a chié sur mon véhicule.

Dans les journaux d'hier, on parle de troubles en Syrie, à Homs, ville où nous sommes passés il y a quelques jours. La cour martiale est rétablie. Des gens sont arrêtés, condamnés aux travaux forcés: 25 ans, 10 ans, la déchéance civile. C'est l'anarchie? Mais non.... Pour avoir tenté de provoquer une grève, en signe de soutien au mouvement nassérien. Traîtres à la Patrie!

Lorsque les dirigeants d'un pays se prennent au sérieux, cela devient grave.
Nasser. On saisit ici toute la volonté de Nasser de noyauter le monde arabe. Déjà, l'Égypte est gagnée à la cause. Un peu de dictature politique, l'enseignement du culte de la personnalité dans les écoles, la crainte, et des photos, des photos, des photos partout, a tel point que ne pas exposer sa photo devient un signe extérieur de contestation du grand Nasser, de la traîtrise envers la nation pan-arabique. En tant que touriste ou voyageur, on est un peu inconfortable à ne pas exhiber, nous aussi, notre petite photo de Nasser. Le "symbole" de la photo gagne petit-à-petit les autres pays, le Liban, la Syrie, ce qui à l'air d'indisposer les potentats locaux. Dans la plupart des boutiques, on vous offre la photo du Raïs. Tous l'arborent derrière leurs comptoirs. Demain ce sera sans doute généralisé dans le monde arabe. Chéhab sera remplacé par le malin Nasser.

26 février 1964: Baalbeck.
Nous reprenons le chemin de Damas en gravissant la montagne jusqu'à la vallée de la Béka pour une visite du site archéologique de Baalbeck. Nous longeons la vallée coincée entre deux chaines de montagnes entre la mer et la Syrie, vallée fertile où l'on cultive la vigne et tous les autres produits qui alimentent les villes côtières. Puis c'est la ville de Baalbeck, au loin un minaret, puis les anciennes carrières où git un immense bloc de granit, site des pierres ayant servi à la construction de la cité antique.
Baalbeck.Baalbeck.

Baalbeck. Baalbek (Baalbeck, Baalback, Balbeck, Balback) est l'ancienne Héliopolis des Romains, c'est à dire la Ville du soleil, à cause de son ensoleillement exceptionnel (plus de 300 jours par an).
La ville antique située dans le nord de la plaine libanaise de la Békaa, est composée de ruines de l'époque gréco-romaine avec des traces plus anciennes de l'époque sémitique. Elle contient le seul temple de Jupiter au monde. Le site figure sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco.
Le complexe de trois temples géants laissé par les Romains comprend : le temple de Bacchus, un des temples les mieux conservés du monde gréco-romain, le temple de Jupiter dont il reste six colonnes de granite, le temple de Vénus.
(Wikipedia)
Nous parcourons le site où gisent, partiellement remontés les colonnes des anciens temples. Et nous reprenons la route pour traverser à nouveau la vallée de la Béka, passer le frontière et atteindre à nouveau la ville de Damas.

27 février 1964, Damas:
Nous sommes de retour à Damas. La ville est en grands préparatifs militaires. On croirait à une attaque imminente des Israéliens. Les édifices militaires et publics sont gardés par des soldats armés. Certaines avenues importantes protégées par les blindés. Du kaki partout. En fait, c'est le premier anniversaire de la dernière révolution qui se prépare, au cours duquel, on appréhende une nouvelle révolution. Cet anniversaire a lieu le 8 mars dans deux semaines. Nous n'y serons malheureusement pas, ou est-ce heureusement, mais nous aurions aimé vivre cette révolution si elle avait eu lieu.

Il faudra bien quitter ces pays un jour. C'est devenu tragique, il faut quitter maintenant. C'est la fatigue, l'exaspération, quoi? Marie devient coq. Elle ne peut plus les sentir, elle ne peut blairer les arabes, et sa colère retombe sur moi. Je n'ai plus la flamme. Je visite les villes arabes avec paresse, peu d'enthousiasme. Marie finira par tuer un arabe où se faire taper dessus à cause de ses paroles injurieuses à leur endroit, je dois la retenir mais j'ai des remords à ne pas la protéger plus efficacement contre les gestes indécents à son endroit. Je sens qu'ils considèrent les femmes occidentales comme des putes puisqu'elles ne semblent pas accepter la tutelle mâle aussi facilement que leurs femmes. L'Europe est encore trop loin, deux mois et ce sera l'Italie, et nous devrons résister jusque là. Le repos est nécessaire pour moi et Marie. L'Italie, lointaine Italie, qui nourrit nos rêves de repos, loin des arabes...

28 février 1964, Damas.
Sur la lettre de mon père, des détails sur les préparatifs de l'Exposition Universelle. Mon père souhaite que je revienne vite, pour profiter de cette ambiance. Les vieux architectes donneront de la tête partout dans les bureaux, feront aller leur influence à grand train, dans le but de décrocher "ce qu'ils appellent" des contrats. Les plus jeunes se lanceront dans des "design" de la plus haute fantaisie. Ceux qui se croient modernes, et qui confondent l'art, dans toute sa pudeur, et puis la plus jeune génération, ceux de ma génération, mes copains, qui sont restés, qui sont entrés dans la vie, qui critiquent les aînés "imbus de Corbu" et qui parlaient d'architecture avec "sainteté" et respect, ceux-là critiqueront ceux qui aurons le travail, tout en souhaitant y faire un magot, bien vite, bien vite, bien vite mais n'auront d'autre choix de finir leur jour fonctionnarisés pour glorifier leur insignifiance.

Alors père, croyez-moi, je suis bien ainsi, ici plutôt que chez les puttes, je risquerais de devenir putte aussi, ça vous ferait de la peine inutilement? Je voyage, je travaille un peu, je bâtis mon cerveau, et je fais des comparaisons. Quand je reviendrai chez les sauvages, je saurai bien bâtir mon monde à moi, à partir de zéro.

damasdamas Damas ou Dimashq ach-Cham en arabe. Ses habitants s'appellent les Damascènes.
La grande mosquée, actuellement Grande mosquée des Omeyyades, a été construite vers 705. C'est la plus ancienne avec le Dôme du Rocher de Jérusalem à être pratiquement dans son état initial.
La salle de prière contient le tombeau de Jean-Baptiste (Sidi Yahya pour les musulmans), cousin de Jésus.Les chrétiens du quartier Est de Damas viennent y faire des prières. On voit donc dans cette salle à la fois les prosternations des musulmans, et les signes de croix et les génuflexions des chrétiens. Le plus haut minaret de cette mosquée est le minaret de Jésus : c'est là que selon la tradition locale Jésus, le Messie, reviendra sur terre au moment du jugement dernier. « C'est la plus sublime mosquée du monde par sa pompe, la plus artistement construite, la plus admirable par sa beauté, sa grâce et sa perfection. On n'en connaît pas une semblable, et l'on n'en trouve pas une seconde qui puisse soutenir la comparaison avec elle. Celui qui a présidé à sa construction et à son arrangement fut le commandeur des croyants.
Damas comprend aussi de très beaux monuments de la période Ottomane, le Palais Azem, de nombreux caravansérails dont le Khan Assa'd Pacha du XVIIIe siècle, et un musée témoignant de la richesse historique et archéologique exceptionnelle du pays.
(Wikipedia)


29 février 1964, Damas.
Les syriens se préparent à fêter l'anniversaire de leur dernière révolution. On installe des balustrades, on décore, on pavoise, on se met beau. Tout ça dans un goût plutôt douteux. Ce sont les soldats qui travaillent, pour une fois qu'ils travaillent, le budget militaire sert à quelque chose d'utile. Le peuple ne semble pas se passionner pour ce qui se passe. Comme si cela n'était pas sa révolution. L'anniversaire, c'est comme la révolution, ça se fait entre les généraux et leurs soldats les plus dociles, le peuple, il n'a pas grand chose à dire, même les plus brillants, les plus intelligents, ils se la ferment. Ici, on change de gouvernement, on ne change pas de système de vie.

Le peuple ne saurait pas qu'il y a eu révolution, et il ne s'en porterait ni mieux, ni pire.
En fait, que prépare t-on pour le 8 mars? peut-être l'enterrement du présent gouvernement. Pourquoi pas.
Nous quittons Damas pour le sud de la Syrie dans la région de Bosra où l'on retrouve de multiples sites archéologiques dont Bosra, capitale de la province romaine d'Arabie dont le théâtre ancien est l'un des mieux conservés de l'Orient romain.

29 février 1964, rencontre américaine.
Autre rencontre avec un couple américain. Sujet de discussion "le parler Canadien-français" et le mythe persistant que nous parlons une langue incompréhensible et qu'il nous est impossible d'entretenir une conversation avec des français. Je m'étonne un peu de rencontrer de par le monde, des gens qui ne connaissent pas le français et qui véhiculent ce mythe odieusement propagé par nos frères Untel et leurs traducteurs, Jacques Hébert entre autres. Ils ne peuvent vérifier eux-mêmes mais propagent le mythe véhiculé avec emphase par les canadiens de langue anglaise. Et ce mythe se propage ainsi dans la diaspora anglo-saxonne qui prend plaisir, par le truchement de nos ambassadeurs de langue anglaise, et trop souvent par nos propres ambassades à maintenir cette fausseté. Quel plaisir n'ai-je pas lorsque l'occasion s'en présente de servir d'interprète entre un canadien et un anglais. Cela s'est produit à Londres où j'ai effectivement servi d'interprète à un canadien de Vancouver pris dans un dialogue de sourd avec un Bobby. Les anglo-saxons n'ont pas notre versatilité pour interpréter ou vouloir interpréter les langues étrangères.

Les anglos-canadiens qui nous aiment d'un amour profond ne demandent que ça, véhiculer dans la diaspora anglo-saxonne les mythes et misères du peuple canadien-français dans l'espoir qu'un jour, ceux-ci se fondent dans la normalité canadian. La planète devra subir ce moule infâme un jour, la culture anglo-saxonne ne pouvant supporter qu'elle ne soit pas la seule à couvrir la planète, l'espace sidéral, le ciel, l'enfer.
damasdamasdamas


Marco Polo ou le voyage imaginaire (Voyages et photos de l'auteur, 1963-64) © 2007 Jean-Pierre Lapointe


SUITE DU VOYAGE EN JORDANIE


RETOUR À MARCO POLO Page d'Accueil du Site Principal OU LE VOYAGE IMAGINAIRE