Chroniques d'un voyage au Moyen-Orient en 1963-64.

SyrieLibanJordanie


(pour profiter au maximum du voyage, attendez patiemment l'éclosion des images et de la trame musicale)


1 mars 1964, Jerash
Nous quittons la syrie en direction de la Jordanie. À quelques kilomètres de la frontière, nous faisons un arrêt pour visiter le site archéologique de Jerash, ancienne ville romaine qualifiée parfois de "Pompéi du Proche-Orient". Nous y trouvons des trésors d'architecture dont le forum ovale, des temples à colonnades, l'arc d'Hadrien.
jerash Gerasa a été fondée à la fin du IVe siècle av. J.-C.. Ses habitants ont prétendu que la ville avait été fondée par Alexandre le Grand en faveur de vétérans de son armée. Une pièce de monnaie trouvée, gravée au nom « d'Alexandre de Macédoine fondateur de Gerasa» justifie cette prétention. Néanmoins cette cité n'a pris son essor qu'au IIe siècle av. J.-C. car les fouilles n'ont pas permis de trouver de traces d'établissement antérieur.
La ville fit partie de la Décapole. Elle fut conquise en 84 av. J.-C. par Alexandre Jannée qui y est mort en 76av. J.-C. pendant le siège d'une forteresse voisine Regaba. Elle est prise par le nabatéen Arétas III en 73 av. J.-C., et enfin par les Romains (Pompée) en 63 av. J.-C.. Ces derniers en firent une ville opulente. Gerasa reçut même la visite de l'empereur Hadrien en 129. Gerasa devient siège d'un évêché au IVe siècle. Elle est ensuite pillée par les Perses (614) puis les Arabes (635). Elle subit ensuite plusieurs tremblements de terre. Le coup de grâce lui fut donné par les affrontements entre musulmans et croisés lors des croisades.
Il y a un grand nombre de monuments parmi lesquels l'Arc d'Hadrien, un hippodrome, deux grands temples dédiés à Zeus et à Artémis, le forum ovale qui est un cas sans doute unique, deux établissements de bain, les murailles qui entourent encore presque toute la ville. Au IVe siècle la communauté chrétienne était nombreuse et on a retrouvé les traces de treize églises aux sols recouverts de mosaïques dont une cathédrale. On a trouvé aussi les restes d'une synagogue de la même époque.
(Wikipedia)

jerashjerashjerash

Départ pour Amman, la capitale de la Jordanie. Nous logerons dans un petit hotel de la vieille ville. Après un court séjour dans Amman, nous prenons la direction de Jérusalem.
amman
Rencontre de deux jeunes palestiniens vivant dans des camps de réfugiés. Nous discutons des juifs forcément. Bien que nous n'ayons aucun parti-pris à priori, il nous est difficile de ne pas noter le lavage de cerveau qu'ils subissent à l'égard des juifs. A la demande si nous aimons les juifs, il nous faudra répondre par un silence plus qu'éloquent.

Ils sont gentils, hospitaliers mais trop biaisés à notre goût qui préférons nous en tenir à nos propres expériences. On peut facilement avoir un jugement négatif sur les erreurs historiques qui ont mené à la création artificielle d'Israël sur le dos des palestiniens sans juger le peuple juif comme tel.
Ces camps nous paraissent artificiels, la population pourrait être intégrée à la population locale, mais ils doivent exister pour stigmatiser le fait que ces gens ont été délogés de leurs terres.

Les nouvelles générations qui naissent dans les camps sont marquées par une haine féroce contre Israël, haine qui est alimentée non pas par un sentiment d'avoir été évincé de leur pays, mais une haine raciale qui n'a peut-être rien à voir avec l'objet du litige.

3 mars 1964, Jérusalem.
L'arrivée à Jérusalem est impressionnate autant par le caractère historique de la ville sainte que par son aspect architectural et son site. La ville est dominée par la coupole rayonnante de la mosquée dite "le dome d'or" et encerclée par des murailles qui suivent le contour de la colline. Spectacle impressionnant.
jérusalem Jérusalem (également nommée Hiérosolyme, Solyme ou Salem en ancien français, Yerushalayim en hébreu, al Quds pour les arabophones musulmans ou Ûrshalîm pour les arabophones chrétiens; la dénomination israélienne officielle étant Yerushalayim) est une ville du Proche-Orient qui tient une place prépondérante dans les religions juive, chrétienne et musulmane, et dans le sentiment national israélien. (Wikipedia)
La ville Sainte. Le chemin de croix le plus réaliste du monde. Notre impression sera toute autre après notre première visite. Nous ne retrouvons que des inscriptions des événements qui ont marqué le passage du Christ, rien de plus. Il faut avoir la foi pour y croire. Les vendeurs du temple sont omniprésents. Jérusalem est là pour ça, comme au temps du christ, un mythe perpétuel pour attirer les touristes crédules. Ce sont les touristes qui alimentent la foi ou est-ce la foire? La ville est merveilleuse. Les rues sont étroites et les bazars splendides. Mais de la ville sainte, il n'y a rien, oui peut-être à 10 mètres sous nos pieds, puisque c'est à cet endroit que les rues et ruelles se situaient au temps du Christ. C'est ce que nous avons découvert en visitant l'église de la vierge Marie enfouie à environ 10 mètres sous le niveau actuel de la rue.

4 mars 19645: Jérusalem.
Nous suivons un groupe de touristes munis de guides et qui nous conduisent derrière les enceintes. Nous découvrons finalement la ville sainte ou ce qui en reste, la Jérusalem antique, enfouie sous la ville actuelle. Certains endroits sont pleins d'intérêt. L'Église Ste-Anne, église des croisées, du 12ème siècle est merveilleuse par la pureté des formes et sa sobriété. Les textures de pierre sont extraordinaires. Ce sont des fouilles fort intéressantes. Il y a beaucoup de mauvais goût à certains endroits, de nouvelles églises ont été construites sur les endroits où se seraient passés les événements historiques.
jérusalem La ville est située sur le mont Sion, à 745 m d'altitude. La ville est très hétérogène : s'y mêlent de nombreuses religions, peuples, groupes socio-économiques. La partie nommée «vieille ville» est entourée de remparts et est constituée de deux quartiers à dominante arabe, dits quartier chrétien et quartier musulman et d'un quartier à dominante arménienne. (Wikipedia)

De retour à l'auto, un jeune arabe nous attendais. J'ouvre ma portière à l'aide de ma clef, il me dit: "vous aviez laissé votre portière ouverte" ce qui j'ai compris à travers les quelques mots d'anglais qu'il connaissait. Façon de me dire: "j'ai du garder votre voiture contre les voleurs, j'ai droit à un backshish". Et bien, j'avais tout vu, mais pas ça, c'est de la pure invention. Et je suis certain qu'il fait le même jeux à tous les voyageurs. Ça marche sûrement mais pas avec moi.
Nous longeons le "garden's Tomb". L'endroit où, selon les protestants, Jésus aurait été enterré. L'hypothèse catholique est que Jésus fut enterré au Saint-Sépulcre, tout près du Calvaire. Il y a donc deux écoles de pensée sur ce sujet et l'on se livre à une petite querelle scientifique à ce sujet. Encore heureux qu'on parle du même Christ et du même Dieu.

Les patrons du Garden's Tomb ont des facilités limitées pour loger les voyageurs comme nous. Les touristes ordinaires s'intéressent aux lieux que pour la soi-disant présence du corps du Christ dans ces lieux, qui sont formés de grottes assez réalistes à ce point de vue. Les touristes préfèrent les grands hôtels et le confort occidental qu'il se seraient bien passés de quitter s'ils avaient pu faire ce pèlerinage dans les rues de Manhattan. "Ah, si l'univers était américain et que nous n'ayons pas à traverser ces peuples ignares et pauvres pour s'approprier nos croyances ou nos mythes".

Nous passerons une nuit à cet endroit. Le garden's tomb est surtout utilisé par les "bums internationaux", ces nouveaux croisés qui n'ont qu'un but en tête, rejoindre Israël, ce paradis occidental créé à leur image et maintenu un peu par eux et leurs pairs. La traversée des pays dits "sauvages" n'est qu'un passage obligé vers la tranquille assurance d'Israël.

Dans cet univers d'occidentaux malappris, on sent la satisfaction non équivoque qu'il y aurait à voir un jour Jérusalem aux mains des Israéliens, si proches et en même temps si loin. Ainsi on pourrait rendre hommage à notre Christ, entre-nous, sans fouler le sol des barbares.

Ces nouveau croisés ont besoin du confort et de l'eau courante. Les pèlerins d'aujourd'hui ne sont pas différents des pèlerins d'autrefois, ce sont d'ignares illuminés imbus de leur seule vérité et qui se confortent dans cette vérité. Quant aux "bums internationaux" qui garnissent la tombe du christ, nos compagnons d'un jour, ce sont pour la plupart des rêveurs, anxieux de passer de l'autre côté de la frontière pour goûter enfin aux charmes communautaires des "kibbouts" et au goût insipide des "matsos", ces illusions inventées pour entretenir leurs rêves de jeunesse et les visées du sionisme international.

Le mépris qu'ils ont envers les peuples qu'ils rencontrent sur le chemin d'Haifa n'a d'égale que leur propre ignorance.

8 mars 1964, Petra:
Nous filons vers le sud en direction de Petra et Aquaba sur la mer rouge. En cours de route, nous plongeons profondément dans une énorme fissure géologique qui semble traverser le paysage jusqu'à la mer morte. Nous atteingnons enfin Petra. Nous parquons le véhicule au début du défilé là où passe une tranquille rivière.
PetraPetraPetraPetra

Il faut une demi-heure de marche pour atteindre la vallée des temples sculptés dans la falaise. Nous devons pour cela traverser l'étroit canyon sculpté dans le temps par les eaux tumultueuses de la rivière.
Notre intention est de coucher cette nuit-là dans les grottes et nous accompagnons des touristes agées rencontrés à l'entrée du défilé, jusqu'au petit hôtel aménagé à même les grottes.
PetraPetra Pétra (signifie « rocher » en grec ancien; Al-Butra? en arabe), est une ancienne cité troglodytique située dans l'actuelle Jordanie, au cœur d'un bassin bordé par les montagnes qui forment le flanc oriental de l'Arabah (Wadi Araba), grande vallée prolongeant le grand rift vers le nord et qui s'étend de la mer Morte au golfe d'Aqaba.
Elle était dans l'Antiquité une ville édomite puis est devenue la capitale du royaume des Nabatéens. Vers le VIIIe siècle, les habitants quittent la cité à la suite de la baisse du commerce et de catastrophes naturelles. Oublié à l'époque moderne, le site a été révélé au monde occidental par l'explorateur suisse Jean Louis Burckhardt en 1812.
(Wikipedia)

Après la visite des temples, nous rebroussons chemin vers l'auto n'ayant pu obtenir la permission de coucher dans les grottes. Il est 6 heures et la nuit approche. La première partie du défilé est éclairée légèrement par les étoiles puis dans la partie étroite, c'est le noir total. Nous marchons à l'aveuglette, frôlant la paroi de nos mains libres. Marie est en panique, je dois prendre sa charge et la porter presque. Elle trébuche, elle respire fort, elle est angoissée, je ne peux me permette d'avoir peur également pour éviter une panique générale. Nous arrivons enfin à la fin du défilé et nous passeront la nuit couchés dans l'auto.

On apprend que des touristes français sont morts noyés dans le défilé il y a peu de temps, suite au gonflement soudain de la rivière. Cette histoire nous laisse un serrement à la gorge ayant marché sur leurs pas.

9 mars 1964, Aquaba.
Deux kilomètre de plage, c'est la seule sortie de la Jordanie sur la mer, dans le golfe d'Akaba. Le roi Hussein y a son chalet. Un hôtel touristique, quelques citoyens, un port et c'est tout. Quatre pays s'y regardent de près, l'Arabie Saoudite, Israël, la Jordanie et l'Égypte mais sans se rejoindre physiquement. Aqaba, est un patelin sans intérêt, mais dont on parle beaucoup. Il y fait chaud à mourir, et la mer y est belle à s'y baigner. Plus loin, et quelques kilomètres, Eilat en Israël, à portée des yeux, invitante la nuit par son bord de mer lumineux, on voudrait être là et nous pourrions y être en 10 petites minutes mais pourtant, il nous faudra des jours, un passeport de complaisance et l'interdiction de revenir sur nos pas. Il y a peut-être de ces compagnons de voyage, tout près, dans un bar d'Eilat, qui nous regardent et nous plaignent. Deux canons pointent sur Eilat et sur ses réservoirs de pétrole. Une longue ligne de barbelés indique la ligne frontalière gardée par des militaires.

Ici, il y a un café. Deux hommes qui regardent avec appétit les deux seules femmes des lieux, Marie et une allemande échouée là comme nous. Ils sont prévenants envers Marie, trop prévenants à mon goût. Plus tard, ils se masturberont pendant que Marie prendra sa douche. Il y a dispute, des éclats de voix et un scandale passager.

Nous couchons sur les tables à l'extérieur du restaurant face à la mer. Sur le côté, échoué là, une caravane aux insignes de Laurence d'Arabie. C'est dans un désert tout proche, le Wadi Rum, qu'ont été tournées des scènes du fameux film. Il y a peu d'années, les techniciens, les acteurs, étaient attablés ici, là où nous avons étendu nos sacs de couchage pour la nuit.

11 mars 1964, Amman.
Retour à Amman par la route du désert.



Marco Polo ou le voyage imaginaire (Voyages et photos de l'auteur, 1963-64) © 2007 Jean-Pierre Lapointe


SUITE DU VOYAGE EN IRAN ET IRAK


RETOUR À MARCO POLO Page d'Accueil du Site Principal OU LE VOYAGE IMAGINAIRE