Chroniques d'un voyage au Moyen-Orient en 1963-64.

IrakIran
Iran et Irak


(pour profiter au maximum du voyage, attendez patiemment l'éclosion des images et de la trame musicale)




12 mars 1964: Direction de l'Irak.
Départ de Jérusalem pour Baghdad. La température est mauvaise. La pluie est torrentielle, le vent violent. Nous décidons de prendre la route d'Irbid évitant ainsi Amman. A mi-chemin, la route est bloquée et il faut retourner sur Amman ajoutant 100 kilomètres à notre périple estimé à 1000 kilomètres. Nous trouvons la route de Mafraq à tâtons, les indications étant absentes. A Mafraq, arrêt au poste Shell. Accueil fraternel. On nous fait descendre de voiture pour le Brandy, le thé et échangeons nos adresses réciproques. Dans le livre des visiteurs, nous notons des textes qui portent des signatures à partir de 1954. Nous apprécions cette hospitalité jordanienne. Nous repartirons en emportant la photo du roi Hussein, et beaucoup de sympathie envers notre hôte. A 200 kilomètres plus loin, je réalise que mon compteur qui marquait une baisse d'un maximum de 20 litres d'essence, m'aura en effet engouffré 30 litres de pétrole au dit Shell accueillant. J'ai donc été soufflé de 10 litres que j'ai malgré moi payé, et je m'en prends à ma naïveté plus qu'à la fausse hospitalité. Passer pour aussi stupide au yeux d'un si habile voleur me gêne un peu.

Le maître d'oeuvre de cet habile larcin: Salim & Yacob El-Far, General Merchants, Mafrak, Jordan. Tél 12, le poste Shell à l'intersection d'Amman et Mafrak, B, Baghdad.
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Nous sommes en vue de Rutba, à mi-chemin de Baghdad. La route qui longe un pipeline, est rectiligne, cahoteuse et monotone. Elle est bordée d'un désert de pierres noires. Après le poste frontière jordanien, c'est le sable qui nous attendait, en bourrasques. Nous ne voyons plus devant nous à certains moments. Nous traînons la tempête de sable avec nous jusqu'au poste douanier irakien. Là, on fait entrer notre voiture derrière une haute enceinte de bois. Le vent arrache nos portes. Le sable s'infiltre partout. Mes arrêts pour le pipi sont douloureux. Il faut me mettre à genoux car le pipi est charrié partout. Il ne tient pas la ligne droite.

A Rutba, formalités douanières. Le poste est sale, d'aspect douteux. Les irakiens sont louches. Nous passons après multiples questions "stupides". Les hôtels à Rutba sont trop chers, nous continuons notre route sur Romadi à 300 kilomètres, la nuit. Le voyage fait peur. C'est le désert. Un peu de brouillard et de sable. Les congères de sable sur la route nous rappellent les congères de neige sur les routes du Québec. Nous croisons beaucoup de camions. Puis vers la fin du parcours, une pluie fine et salie par le sable s'installe. Mes essuie-glaces fonctionnent en continuité. Les gicleurs ne fonctionnent pas, bouchés par le sable. J'arrose mon pare-brise en roulant, avec une bouteille d'eau à la main.

Nous arrivons à Romadi, la nuit tombante. Il y a des barrages de police impressionnants. Les pyjamas sont partout comme en Égypte, portés par les hommes et il y a autant de poussière. Nous traversons la ville et cherchons un endroit sous les arbres pour dormir. Le premier choix est abandonné après un certain temps, à cause des indiscrets. Le second, sous les palmiers, après le dernier barrage de police s'avère propice. Nous nous installons. Je me repose malgré l'inconfort de la banquette réduite de la coccinelle et des encombrants baggages.

Dans la nuit, des phares violents nous arrosent, on entend des voix inquiétantes, des moteurs de véhicules, nous sommes terrorisés. On vient vers nous. C'est la police, on nous interdit pour notre sécurité de rester là. On nous escorte jusqu'à la ville ou il faudra chercher un hôtel. La ville est morte. On entend les jappements des chiens, nombreux, les sifflets des gardes. Nous apprenons que c'est le couvre-feu suite à un récent coup d'état. Sans le savoir, nous avions violé le couvre-feu. A un carrefour, une policier de garde nous invite à coucher chez lui, tout près d'ici.

L'un des soldat, sympathiques, nous aidera, nous amènera à un petit hôtel tout proche. Nous ferons la visite des hôtels avec une impressionnante délégation de policiers qui nous accompagnent partout, en tenue très, très négligée. Finalement, un hôtel bon marché (un demi-dinar, équivalent de $1,50). Nous nous reposerons là, ma voiture surveillée par le policier de service, avec les chiens, les sifflets des gardes, qui nous accompagneront dans notre sommeil.

13-14 mars 1964: Baghdad.
Direction Baghdad. C'est vendredi. Jour de congé pour les musulmans. Les routes sont pleines de fous. Des gens qui n'ont peut-être pas de permis ou qui ont eu leur permis trop facilement. Des fous, des inconscients, ils font en sorte que je dois m'arrêter et les laisser me dépasser pour permettre aux doubleurs de ne pas percuter les autos venant dans l'autre sens. Un camion me colle de façon à ce que je heurte un cycliste que je double en même temps. C'est comme ça, avec les étrangers, on s'amuse à vous faire peur. On rigole. Qu'est-ce qu'ils m'auront fait jurer.
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Nous entrons dans Baghdad. Nous traversons le fleuve Tigre. Tout le long du fleuve que l'on peut apercevoir du pont, des estaminets avec terrasses sur le fleuve où l'on déguste des poissons pêchés dans le Tigre ou l'Euphrate. Bien que renommée Baghdad est maintenant dénudée d'intérêt. Au premier contact, elle fait même peur. Elle apparait plus terrible, plus sale qu'ailleurs. La particularité architecturale consiste en rues bordées de maisons sur colonnades stylées et qui font de l'ombre aux trottoirs. L'effet est amusant. Les mosquées sont en général insignifiantes à l'exception de la grande mosquée ancienne. Le plus bel exemple d'architecture moderne est sans doute l'ambassade américaine, construite par Walter Gropius destinée à l'Université américaine. Baghdad est toute prête pour des coups d'état qui sont fréquents en ces temps troublés. Des mitraillettes sont installées derrière des sacs de sables avec des soldats en faction en face des édifices importants, on voit également beaucoup de blindés. Devant l'édifice de la radio, il y a tout un régiment, désordonné, attendant l'attentat anticipé.

15 mars 1964: Irak.
Nous sommes en route, sur la campagne irakienne, à la recherche des antiquités et de l'ancienne Babylone. Comme de raison, nous ne trouverons pas les antiquités. Nous filons à 100km. heure. Un chien perdu traverse la route, un idiot de chien comme sont les conducteurs irakiens, il ne se range pas, je le heurte de front. J'ai quelques dégâts, un phase en miettes, le chien ne s'en ressent même pas, il court toujours. J'aimerais lui mettre mon coup de pied au cul. Nous faisons demi-tour, c'est fini pour les antiquités. J'aperçois sous mon capot, des pneus anormalement usés, que j'attibue à tord à ma rencontre fortuite avec le chien. Il s'agit plutôt des réparations incomplètes des garagistes d'Athènes suite à l'accident à un rond-point de la ville.

Je devrai faire les réparations ici. Je reviens du garage exténué, découragé et en diable contre tous ces humains impotents. Cet accident me coutera beaucoup d'argent, et celui-ci se fait rare. Il est maintenant impossible de se fier à qui que ce soit. Je deviendrai mon propre mécanicien.

L'auto est réparée par un garagiste allemand en stage en Irak. Il me remontera la pièce fautive en me conseillant de faire refaire le travail à mon retour en Europe (merci mon Dieu Europa).

17 mars 1964: entrée en Iran.
Départ prématuré de Baghdad. Après une perte de 2 jours du à la réparation de la voiture, nous décidons que nous en avons assez de l'Irak. Nous sommes un peu désabusés et avons hâte de sortir de ce pays. Nous n'aurons pas vu, ni Babylone, ni Or, ni Ninive.
Sortir de Baghdad, c'est toute un expérience. Une ceinture de voies doubles, et d'intersections circulaires couvre toute la périphérie de Baghdad, un système de voies dont les irakiens sont surement fiers. Tant de ronds-points, je n'en ai jamais tant vu, et ils semblent inutiles et peu rassurants et peu appropriés à la conduite automobile. Aucune indication en système latin n'indique la voie de sortie de la ville. Il nous aura fallu 1 heure pour franchir 35 kilomètre avant de trouver enfin, la voie de sortie de la ville, la grande route en direction de l'Iran, la plus importante voie de sortie de Baghdad. J'aurai sacré, foncé sur des terrains militaires interdits, engueulé un officier qui n'y comprenait guère, j'aurai demandé ma route sans succès.

C'est la triste histoire des pays du Moyen-Orient. Bien évidemment, ces routes sont faites pour eux et non pour les quelques aventuriers qui se risquent dans leur pays en auto.
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Nous traversons la frontière d'Iran. Guère de changements sur la conduite automobile. Les villages ont des formes intéressantes, les formes sont plus plastiques qu'au nord de la Syrie. Kermanshah. Nous envisageons de coucher à cet endroit, de se ravitailler, d'échanger de l'argent. Après plusieurs heures, rien de cela n'est fait. Il y a beaucoup de gens. Dans la soirée, rencontre avec un couple, un homme Perse, une femme Allemande aux cheveux blonds. Des gens gentils mais qui nous abordent depuis leur auto, avec toute l'audace et le danger possible. Je les engueule comme j'engueule tous les autres. Nous faisons la tournée des hotels ensemble sans succès. Nous coucherons dans la voiture, à l'entrée de la ville, en un endroit choisi par nos nouveaux amis.
Nous discutons de la politique iranienne. Mon ami Perse est un adversaire du Shah et il souhaite qu'il tombe, et l'événement se prépare déjà.

18 mars 1964: Kermanshah.
Nous nous rendons jusqu'à Téhéran, abandonnant notre premier projet de nous rendre à Shiraz par la route d'Abadan. La route y est mauvaise, semble dire notre ami. Sur la route de Téhéran, il y a un grand mouvement de voitures, les vacances du nouvel an Perse étant commencées, le danger est multiplié sur les routes. A l'approche de Téhéran, mes nerfs sont sur le point de claquer. Il faut que je m'arrête autrement, j'aurai un accident.

19 mars 1964: Téhéran.
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Cette ville immense ne nous aura pas beaucoup émerveillée au premier abord. C'est toujours la compagnie de personnes rencontrées qui nous attire le plus, et qui nous procure le plus de satisfaction, dans tous les pays. La circulation est catastrophique à Téhéran. Beaucoup de taxis, avec ce que cela comporte d'incivilité. Il faudra laisser la voiture quelque part et circuler à pied, les risques d'accidents étant trop nombreux et Marie étant sur le point de succomber à l'intolérance. Nous trouverons, avec peine, un hotel à $2,50, dans ce qu'on dit être la seconde ville la plus chère au monde, après Caracas.
L'hotel Lausanne, c'est un luxe qu'on se paie. C'est l'hotel type, le premier depuis le début du voyage. On sent qu'il est classé dans les guides "touristiques". Nous cherchons le musée national. Le musée le plus difficile à trouver c'est sans contredit celui de Téhéran. Les gens vous envoient au musée ethnologique, à la banque d'Iran, au parlement, au musée d'art, mais non au musée national qu'ils ne connaissent pas. Nous le trouverons nous-mêmes, après 2 jours de recherches intenses, en nous fiant à la forme "typique" de l'édifice. Nous ne nous sommes pas trompés. Un musée ressemble à un musée, celui-là, n'est pas connu des Iraniens. Je m'en serais douté car il ne ressemble pas à un musée type.

20 mars 1964: Ispahan.
Départ prématuré de Téhéran. La ville ne nous retient guère, nous sommes un peu exténués, il nous faut revoir la campagne. Nous prenons la direction d'Ispahan. Nous faisons 50 kilomètres de trop, ayant dépassé la ville, nous retournons pour trouver l'entrée d'Ispahan. Nous sommes partis à midi, sans espoir d'atteindre Ispahan avant le lendemain soir. La route est belle, nous serons là, le soir même, après avoir roulé sans arrêt. C'est la crevaison à 100 kilomètres, avant d'atteindre Ispahan. C'est note première crevaison, directement sur la route. Il n'y a pas d'atelier de réparation avant Ispahan, nous ferons les 100 derniers kilomètres de nuit, sans pneus de secours, nous coucherons dans l'auto, en banlieue d'Ispahan.

21 mars 1964: Shiraz.
Il pleut à boire debout. Nous passerons Ispahan sans même la voir. Nous nous dirigeons vers Shiraz au sud, car il faut du soleil pour admirer Ispaphan, nous nous arrêterons à notre retour. La route est encombrée de véhicules. Au poste d'essence, à mi-chemin du trajet, on fait la queue. Sur la route, des bergers tendent la main. "Je regrette mon petit" mais je ne peux m'arrêter, le Shah lui-même ne s'arrêterait pas, la preuve, il ne s'est jamais arrêté. À tous les dix kilomètres, on croise une tour, une sorte de citadelle avec un blindé et des soldats armés, c'est ainsi tout le long des routes iraniennes. Il s'agit nulle doute, du "literacy corp", cette espèce de briguade composée de jeunes universitaires venus des villes et qui ont reçu l'entrainement militaire. Leur but avoué est d'alphabétiser la population et de leur montrer des métiers et des façons contemporaines de travail. L'idée est sensationnelle, c'est actuel, j'aurais pensé qu'il en serait ainsi en Égypte.
Mais jusqu'à maintenant, tout ce dont j'ai vu du "literacy corps" est un amoncellement de soldats, assis, aux aguets, marchant le long des routes, faisant les fous sur les routes avec leurs jeeps, se tenant prêt à tirer de leurs blindés, ou ce n'était pas le "literacy corps" mais l'armée. Sans doute n'est-ce qu'un prétexte pour mater les paysans rebelles, les castristes iraniens. Les paysans ne seraient pas aussi paysans que ça.

Si c'est ça le "literacy corps", chapeau. Mais l'iran peut sa vanter d'avoir fait se pâmer les occidentaux d'émerveillement devant ce phénomène. Le livre "l'Iran today", qui décrit l'aventure du "literacy corps", traine sur les bureaux de toutes les ambassades. Et qui de nos jours, parmi les politiciens, tient vraiment à ce que les paysans s'instruisent, comprennent, discernent et finissent par découvrir un peu trop de la vérité!
naqshe rostam Shiraz est une cité antique sise dans une plaine verdoyante au pied des Monts Zagros dans le sud iranien. La première référence de la ville est découverte sur des tablettes de grès Elamite datant de 2000 av.J.C. Shiraz fut également la capitale d'Iran plusieurs fois. C'était la capitale de la Perse durant la dynastie Zand de 1750 à 1781 ainsi que brièvement durant la période Saffaride. Elle fut également la capitale de l'Iran du Sud de 1781 à 1794. Au 13ème siècle, Shiraz devint un centre majeur d'art et de lettres, par l'encouragement de ses dirigeants et la présence de plusieurs artistes et écrivains perses.
Il y a plusieurs attractions touristiques à Shiraz et dans les environs, comme les tombes de Hafez et Sa'di, les jardins Eram et Persepolis. Shiraz est connue comme la cité des poètes, du vin et des fleurs. Elle est également considérée par plusieurs Iraniens comme la cité des jardins, due aux nombreux jardins et arbres fruitiers qu'elle recèle.

Décidément, faire la bouffe dans l'auto, n'est pas un succès. Aujourd,hui, c'est le riz, hier c'était le spaghetti, qui est complètement raté. La police nous déloge de ntore couchette, le long de la grande route. Nous nous transportons près du poste de police, ou nous dormirons....mal.

Shiraz. Nom poétique, ville de poètes. Les poètes c'étaient eux. La fatigue aidant, nous n'avons pas apprécié Shiraz à sa juste valeur. Les tuiles perses, si elles ont déjà été belles, ne le sont plus. On a presque envie de parler de mauvais gout. Toutes ces couleurs, les mauves, les jaunes, les bleus semblent avoir passé à-traves un filtre de gris, l'effet réel est décevant, autant il était merveilleux sur les photos couleur, autant il est fade dans la réalité.

21 mars 1964: Persépolis.
Nous quittons Shiraz et prenons la direction du site archéologique de Persépolis. Aux abords du site, on peut voir les préparatifs pour les célébrations du millième anniversaire de Persépolis. Le Shah d'Iran veut en faire une fête inoubliable digne de la Perse antique.
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persépolis Persépolis « la cité perse », Parsa en vieux-persan, était une capitale de l’empire perse achéménide. Sa construction commence en 521av. J.C sur ordre de Darius Ier. Elle fait partie d’un vaste programme de construction monumentale visant à souligner l’unité et la diversité de l’empire perse achéménide, et à asseoir la légitimité du pouvoir royal. L’architecture résulte d’une combinaison originale des styles issus des provinces créant ainsi le style architectural perse ébauché à Pasargades, également retrouvé à Suse et Ecbatane. Cette combinaison des savoir-faire marque également les autres arts perses, comme la sculpture ou l’orfèvrerie. La construction de Persépolis se poursuit pendant plus de deux siècles, jusqu’à la conquête de l'empire et la destruction partielle de la cité par Alexandre le Grand en 331av. J.C..

Il y a beaucoup d'espoir de notre part, longuement germé, et aussi beaucoup de déception non pas par les ruines ni par la restauration qui est remarquable mais par les à-côtés. Sous prétexte de protéger quelques parties des ruines contre les intempéries, on a constuit des baldaquins, informes, terreux, grotesques qui surplombent ou masquent les ruines qui sont maintenant, sans lumière du soleil et hors d'échelle. C'est une erreur impardonnable. On a dépensé des sommes énormes à fouiller et à mettre à jour les antiquités et on vient les coiffer d'aussi insipides protections, par mesure d'économie, ce n'est guère mieux que si l'on avait laissé les ruines sous terre. C'est bien la preuve que les modernes sont moins subtils que les anciens et que nous serions incapables d'égaler le savoir-faire artistique de ceux-ci.
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Persépolis comprend un vaste complexe palatin érigé sur une terrasse monumentale qui supporte de multiples bâtiments hypostyles. Ces palais ont des fonctions protocolaires, rituelles, emblématiques, ou administratives précises : audience, appartements royaux, administration du trésor, accueil. À proximité de la Terrasse se trouvaient d’autres éléments : habitations de la ville basse, tombes royales, autels, jardins. De nombreux bas-reliefs sculptés sur les escaliers et portes des palais représentent la diversité des peuples composant l’empire. D’autres consacrent l’image d’un pouvoir royal protecteur, souverain, légitime, et absolu, ou désignent Xerxès Ier comme successeur légitime de Darius le Grand. Les multiples inscriptions royales persépolitaines cunéiformes rédigées en vieux-Persan, Babylonien, ou Élamite, gravées à diverses endroits du site, procèdent des mêmes buts, et précisent également pour certains bâtiments le roi ayant ordonné leur érection.
(Wikipedia)


23 mars 1964: Ispahan.
Retour à Ispahan. Nous ne trouvons pas Pasargade là où repose le tombeau de Cyrus le Grand. Les indications routières sont inexistantes pour retrouver le site qui ne semble accessible qu'aux touristes qui sont accompagnés de guides locaux.
La route qui nous ramène à Ispahan est encombrée de dangereux touristes iraniens qui considèrent la route comme un terrain de jeux. Nous avons failli y passer plusieurs fois, encore aujourd'hui. Ce pays m'aura fourni plus d'occasions de mourir que tous les autres. Des postes de premiers soins sont disposés ici et là le long de la route signe d'hécatombes à venir.

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Nous revoyons Ispahan sous le soleil cette fois-ci, elle était sous la pluie lors de notre premier passage. Nous faisons un tour rapide et remettons à demain une visite plus détaillée. Les premières impressions sont encourageantes. Autant nous avons été décus de Shiraz, autant Ispahan nous semble artistiquement satisfaisante et les coloris des tuiles d'un goût exquis.
Nous avons de la difficulté à nous ravitailler en nourriture qui soit à notre goût, nous aimerions un peu de nourriture occidentale pour nous reposer des mets orientaux. Celle-ci est très chère et risque de grever notre budget. Nous avons hâte de retourner en Europe. Nous coucherons ce soir, pour la quatrième fois, dans notre voiture avec tout l'inconfort que cela suppose. Nous sommes épuisés.
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ispahanispahan Ispahan a été capitale de l’empire perse sous la dynastie des Safavides entre le XVIe siècle et le XVIIIe siècle. L’architecture de la ville, qui est noyée de verdure bien irriguée, offre un contraste avec les étendues désertiques qui l’entourent. Cet aspect particulier, résultat des efforts de Shah Abbas, ainsi que les nombreux monuments islamiques construits entre le XIe et le XIXe siècle, sont aujourd’hui menacés par la modernité. Le classement de la place Naghsh-e Jahan au patrimoine mondial de l’humanité depuis 1988 contribue à faire prendre en considération les spécificités de l’urbanisme d’Ispahan. (Wikipedia)

24 mars 1964: Ispahan.
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Ispahan ne nous aura pas décus. En fait, c'est toute la Perse qui se présente ici, celle que nous imaginions, dans une ville unique. 1. Le Maidan-e-Shah, démesuré mais riche de couleurs, de beauté. C'est le carré impérial.
2. La Mosquée Masjid-i-Shah, au bleu extraordinaire. Aux détals de tuiles des plus réussis.
3. La Mosquée Lotfullah au dôme crème.
4. Le Ali-Qapu et ses colonnes autrement structurales et pleines de finesses.
5. La mosquée Juma, et ses voutes de briques anciennes et romantiques. Aux détails de niches et pupitre complexes.
6. Le Madrasah Chaharbagh si impressionnant de couleur, de forme.
7. Le pont Khajoo, très beau, bien structuré et qui sert en même temps de barrage. C'est comme un lieu de loisir pour les jeunes iraniens qui y folâtres librement sous les arches et sur la chaussée, quelques fois on aperçoit des amoureux, très insolites dans ce pays où la sexualité est encore tabou.
ispahanispahanispahan La Mosquée du vendredi est aussi appelée « grande mosquée » ou « vieille mosquée » par opposition à la mosquée du Shah. Elle a été édifiée à partir du Xe siècle. Souvent remaniée au cours du temps, et en particulier sous les Safavides, elle est reliée à la nouvelle ville via le Grand Bazar.
La grande mosquée est l’une des architectures les plus complexes des arts de l’Islam. Des fouilles archéologiques ont montré que dès la période Bouyide, il existait une mosquée de plan hypostyle à l’emplacement actuel de l’édifice. Actuellement, la mosquée suit le plan iranien à quatre iwan avec une salle de prière sous coupole qui devait, à l’origine, être séparée de l’ensemble architectural. Bordée d’arcades sur deux niveaux, elle est entourée de multiples petites salles sous coupolettes.
(Wikipedia)
ispahanispahan La place de l’Imam « place Naghsh-e Jahan » ou « place de l’Imam Khomeini » est une des plus grandes places du monde avec une longueur de 500 mètres et une largeur de 160 mètres. Elle date de 1612 et a été conçue par Shah Abbas Ie. Elle servait à l’origine de terrain de polo et de terrain de présentation des troupes militaires, évènements auxquels le Shah et la cour pouvaient assister depuis la terrasse du palais Ali Qapu. Dans des galeries entourant cette place, sont installées des échoppes de commerçants et d’artisans.
Elle est maintenant aménagée en place publique avec pelouses, bassins et allées. Autour de la place, aux quatre points cardinaux se situent quatre bâtiments :
la mosquée de l’imâm, aussi appelée mosquée du Shah, la Mosquée du Sheikh Lotfollah, le palais de Ali Qapu, le bazar.
Un souterrain existait entre le palais de Ali Qapu et la « Mosquée du Sheikh Lotfollah », permettant aux femmes d’aller à la mosquée sans être vues, d’où le nom de « Mosquée des femmes » qu’on lui donne parfois.
(Wikipedia)


25 mars 1964: retour à Téhéran.
Changement de paysages, depuis longtemps souhaité. Nous revoyons la verdure , les arbres, l'eau, la mer, les vaches, les charrues, la culture, que nous n'avions pas vu depuis 3 mois et plus dans les déserts du Moyen-Orient. C'est la côteiranienne de la mer caspienne, comme une oasis soudainement. Nous y passerons 2 jours rapides avant de remonter vers les montagnes et les routes difficiles de la Turquie. En route nous avons quelques autres incidents malheureux avec les "indécents" automobilistes iraniens. Au départ de Téhéran, nous avons une rencontre amicale avec un monsieur syrien avec qui nous parlons de notre voyage et de quelques uns de ses amis de Montréal. Nous apercevons des maisons aux magnifiques toits de chaume tout le long de la mer ainsi que des noms curieux de villages, Mahmud Abad, Babol, Amol, Chalus. On nous fait encore peur sur la Turquie. Décidément, tous les pays voisins de la Turquie semblent s'alimenter d'une certaine rancune envers les turcs, c'est le cas des grecs, des iraniens, des Syriens et bien au-delà. Et pourtant nous avons apprécié l'accueil des turcs. Un monsieur rencontré dans une pharmacie, nous conseille de traverser la Turquie en caravane. C'est dit-il, un pays bien étrange où les gens font des choses étranges. Son frère y aurait vécu une mauvaise expérience. Pour un autre homme rencontré, les routes y seraient toujours ennêgéee, et s'il se mettait à ma place il ne s'y engagerait pas.

25 mars 1964: la mer Caspienne.
Après tout, cette côte, elle est bien ordinaire. La mer n'y joue pas un rôle très grand. Le seul intéret réside dans les maisons de chaume très romantiques et les paysans colorés. Comme toutes les "soi-disant" rivieras, le bord de mer est surchargé de chalets d'un très mauvais goût et très prétentieux, alors que du côté droit de la route sont parqués les paysans dans leurs maisons ancestrales. Le paysage maritime publicisé dans les dépliants touristiques n'existe tout simplement pas, ruiné par une architecture prétentieuse et de mauvais goût. Les classes riches de Téhéran y jouent à l'occidental protégés derrière des clôtures barbelées et des lions peints en or.
Nous passons la nuit dans la voiture, sur les terrains privés de l'hotel de luxe de Chalus. Nous sommes entrés sur les terrains de l'hotel à 9,00 heures avec l'espoir de passer inapercu et de garer la voiture parmi les dizaines déjà stationnées là. Un gardien nous surveillait cependant. Il lui a fallu 15 minutes de tergiversations avant qu'il nous annonce, souriant, que nous pouvions coucher sur les terrains de l'hotel. La réponse nous fut transmise après l'usuel demande à travers une interminable chaine de commandement passant du cuisinier, à un porteur au directeur. À partir d'une blague faite à Marie disant que ce soir, nous coucherions sur les terrains d'un hotel de luxe, l'objectif s'est réalisé.

26 mars 1964: la mer Caspienne.
Nous quittons la côte pour entrer vers l'intérieur des terres en direction de la Turquie par le route de Tabriz. Nous n'avons qu'un espoir, retrouver la route asphaltée. Elle est cependant en gravier et rabotteuse. Camions et autobus y circulent à vive allure. Le vent pousse le sable et les pierres vers notre voiture. Une pierre vient heurter le pare-brise qui se fissure faiblement. D'autres pierres viennent s'abattre par moment. Nous n'avons roulé que 30 kilomètres et nous comprenons que le voyage sera pénible et dangereux. Nous devons faire 1000 kilomètres au moins de routes mauvaises avant d'atteindre la frontière. Nous décidons de nous arrêter et prenons la décision de rebrousser chemin.
En route pour Kermanshah et le frontière irakienne, nous nous arrêtons pour la nuit à Hamadan où nous coucherons sur les planchers de l'hotel Park, gratuitement, un peu comme des indigents ou comme nos copains rencontrés dans les auberges de jeunesse. Tout cela, venu d'un malentendu. Nous arrivons à Habadan vers 21,00 heures faisons la tournée cherchant un endroit propice pour dormir dans la voiture, et décidons, après l'expérience d'hier, que le parking d'un hotel est l'endroit tout indiqué. Nous nous installons avec crainte, sous l'oeil perplexe d'un gardien. Je décide alors d'aller parler aux responsables de l'hotel. Il est impossible de communiquer avec qui que ce soit. On va chercher cet officier Iranien, engagé dans un repas frugal avec sa famille croyant qu'il doit parler anglais. Je m'explique, comme toujours avec difficulté, mais il me comprend mal, il croit que je suis sans ressources, que je désire me reposer de sorte qu'il nous offre une chambre à l'hotel. Je ressors de l'hotel confus pour m'expliquer avec Marie. Nous nous installons mais on vient nous chercher. On fait entrer la voiture dans le garage, on ne veut pas que nous couchions dans l'auto, trouvant, semble-t'il la chose inhumaine et dangereuse, mais je ne réussis pas à leur faire comprendre que nous y sommes habitués, que nous économisons ainsi sur le prix des hotels et que nous sommes satisfaits ainsi. Nous sommes alors invités par l'officier, à coucher à l'hotel, ce qui sera réconfortant et reposant même si nous sommes couchés sur le plancher.
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27 mars 1964: Hamadan.
Nous prenons la direction de l'Irak à nouveau. Je découvre un truc pour la conduite sur route et éviter les écarts des autres automobilistes. Je jouerai désormais le jeu des Perses. Déplacez-vous messieurs, et je roule au centre de la route comme si la route m'appartenait désormais, et si vous ne vous déplacez pas à l'extrême gauche vous vous collerez à moi. Ainsi ils se rangent, ils ont peur comme j'avais peur et ils se rangent juste avant de me percuter. Je suppose qu'ils sont en maudit, comme je l'étais avant de comprendre le manège. C'est pas très rigolo mais très dangereux, c'est eux qui m'ont appris.
Frontière iranienne, nous passons la frontière et arrivons à la douane Irakienne où on nous refuse l'entrée puisque nous n'avons pas le visa et il est impossible de l'acheter au poste frontalier, il nous faut retourner à Kermanshah, plus de 380 kilomètres et un jour perdu. Notre voiture est dans le no man's land, c'est comme si nous étions apatrides, je suis très contrarié et nous faisons la distance jusqu'à Kermanshah en quelques heures, à vive allure, une moyenne de 100 kilomètre-heures sur une route montagneuse. Les bureaux de Kermanshah sont fermés à cette heure et nous attendrons au lendemain.
À Kermanshah, nous couchons dans la voiture, sur les terrains de la police d'état. Il a fallu beaucoup de discussion pour en arriver là. On ne comprend pas que nous couchions dans la voiture, les gens du pays qui sont normaux, couchent dans les hotels, pourquoi pas les canadiens. Mais un canadien qui a voyagé pendant 9 mois ne peut se permettre de coucher dans les hotels tous les soirs lorsqu'il dépense en un jour l'équivalent du prix d'une chambre d'hotel. Leur expliquer cela serait trop long et nous ne parlons pas ni la même langue ni le même langage. Nous aurons donc l'air bohème à leurs yeux ou dépourvus de moyens. Nous leur montrons notre attirail, les sacs de couchage, les couvertures, le système de fermeture des vitres. Ils s'amusent beaucoup de la rapidité d'exécution et du système créé par Marie pour s'installer confortablement. Ce n'est pas la premère fois que nous faisons ainsi, et ils le réalisent bien. J'aurai ce traumatisme terrible dans les bras au lever, d'avoir tenu une mauvaise position durant mon sommeil.
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Nous traversons des village étranges. Les maisons sont blanches, bâties de terre séchée et esthétiquement intéressantes, avec des coupoles et d'étranges cheminées qui sont des systèmes de ventilation naturelle.

28 mars 1964: traversée de l'Irak.
Nous sommes au consulat d'Irak, ils est 9,00 heures. Le consul est un homme gras, tès affecté qui nous recoit gentiment, nous sert le thé et qui discute amicalement. Nous passerons 2 heures interminables pour obtenir un visa qui aurait nécessité 15 minutes de travail tout au plus. Je rage dans mon for intérieur. La pose des timbres et leur emplacement sur le passeport nécessite au moins 15 minutes. Quelle procédure! Il faut maintenant payer, le double qu'il était prévu, c'est l'argent que je gardais pour l'essence. Je partirai faché, sans remercier ni saluer le consul, Marie fera les salutations pour moi.
Le consul est tout étonné que, parlant français, nous soyons citoyens canadiens ce qui lui semble être une incongruité. Je ne m'en étonne pas à voir comment les ambassades et consulats canadiens s'annoncent sur la scène internationale en ignorant totalement l'autre peuple fondateur.

28 mars 1964: frontière jordanienne.
En route, nous prenons une décision rapide. Nous ferons route jusqu'à Jérusalem et passerons en Israël. Il en coutera beaucoup, mais nous ne quitterons pas cette partie du monde sans avoir vu ce pays. Puis nous quitterons Israël par bateau puisqu'il nous sera impossible de retraverser les pays arabes ayant visité Israël.
Nous roulons à tombeau ouvert, traversons Baghdad sans s'arrêter et traversons les 800 kilomètres de désert jusqu'à la Jordanie avant d'atteindre la vielle ville de Jérusalem le lendemain pour filer en Israël, pays d'essence européenne.
jordanie
Sur les bords du Jourdain à Jericho, rencontre avec une famille palestinienne habitant le camp de réfugiés de Jéricho et pickniquant sur les bords du Jourdain.

29 mars 1964: la frontière d'Israël.
Nous faisons les formalités de passage au poste frontière jordanien entre la vieille ville de Jérusalem et la partie israélienne. Demain nous serons en Israël. Jérusalem est bondée de touristes. C'est le lundi de Pâques. Ce devait être la foire hier.



Marco Polo ou le voyage imaginaire (Voyages et photos de l'auteur, 1963-64) © 2007 Jean-Pierre Lapointe


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