Récit d'un voyage au Magreb en 1968-69.

MarocAlgérieTunisieLybie
Maroc, Algérie, Tunisie et Lybie.


(pour profiter au maximum du voyage, attendez patiemment l'éclosion des images et de la trame musicale)


Maroc, le 17 octobre 1968
Ceuta

Nous quittons définitivement l'Europe pour l'Afrique du Nord. A Ceuta, de l'autre côté du détroit de Gibraltar, nous retrouvons une autre ville espagnole. Mais déjà, nous sentons l'Arabie. Les klaxons sont d'une plus grande impertinence, et les receleurs nous suivent comme des mouches. Nous achetons de l'argent marocain sur le marché noir. A la frontière, les gardes frontières ne vous reçoivent pas. Ils restent assis et vous devez vous déplacer d'un guichet à l'autre ou vous laisser introduire parc un aide officieux qui en retirera quelques backchich.
TetuanTetuan

Nous faisons monter notre receleur arabe qui se rend à Tetuan ainsi qu'un couple étrange de voyageurs britanniques. A Tetuan, nous prenons le thé à l'amante dans un jardin fleuri puis disparaissons dans les rues enchevêtrées des souks. La diversité des populations est ici sans pareil. Nous retrouvons notre auto à la station shell ainsi que notre ami qui nous ammène chez un assureur espagnol où nous assurons notre auto pour un prix dérisoire, puis nous quittons pour Martil.
Tetuan

Martil est une plage à 10 km de Tetuan où nous passerons la nuit. Martil est une petite ville toute blanche, aux rues calmes, pleines de fraîcheur, derrière une plage merveilleuse. Nous passons la nuit sur les terrains maintenant déserts de la station balnéaire.

18 octobre, Tetuan
Retour à Tetuan, visite du palais royal où l'ancien "arabisme" plein de finesse et de subtilité côtoie l'arabisme moderne, sans saveur. Puis nous prenons la route de Meknes. A Chechaouen, nous apercevons notre ami hippie d'origine suisse que nous faisons monter. Plus loin, un anglais que nous avons vu ailleurs et qui vient rejoindre notre groupe. Nous faisons route jusqu'au Ouezzane et profitons de ce trajet pour mieux espionner le caractère de nos passagers. Le suisse est plein d'intérêt. Il voyage avec presque rien. Il n'a qu'un sac de couchage, une pipe et quelques feuilles pour fumer, des papiers et c'est tout. Nous les laissons à Ouezzane après avoir échangé beaucoup de trucs. Sur la route de Meknes, nous faisons halte à Sidi-Kacem où une foire quelconque se déroule. Des amuseurs bédouins opèrent ici et là mais ce qui retient notre attention, c'est un orchestre très primitif dont les rythmes sont excitants. A Meknes, nous nous rendons au bureau du tourisme où nous passeront la nuit. Une promenade nocturne dans la ville nous amène à rencontrer, près de la porte Bab Mansour, une cohorte de jeunes avec lesquels nous discutons pendant des heures. L'un d'eux nous raconte une histoire marrante recueillie dans un journal. "Un français entre dans un magasin canadien où l'on offre pour le prix de souliers, un boni d'une paire de claques. Le français n'achètera pas croyant recevoir une paire de gifles".

Demain, deux des jeunes gens nous accompagneront à Fez pour la visite de la fameuse Medina.

19 octobre, Meknes
Meknes
Visite guidée des souks de Meknes en compagnie de deux jeunes guides. Nous visitons les boutiques et prenons le thé chez l'un des garçons. Nous gouttons ainsi et pour un court moment, à la fraîcheur d'un intérieur marocain.
A midi, nous quittons nos guides pour retrouver nos amis d'hier. Après quelques courses nous filons vers Fez. Un cousin de l'un des amis nous rejoint et nous entrons ainsi dans Fez par la porte du souk. Visite des jardins ombragés Nejjanine puis montée vers les montagnes proches pour jouir de la vue panoramique de Fez. Spectacle saisissant de la Médina qui se détache d'un gris bleuté. Puis nous parcourons pendant des heures, les ruelles des souks qui nous laissent stupéfaits d'admiration. Nous nous laissons tenter par quelques objets dont une couverture berbère.

FexFex
Les jeunes gens de Fez ne prisent pas que des gens de Meknes nous guident dans leur chasse gardée, ils en viennent presque aux coups et nous devons les pacifier. Nous laissons nos amis à la gare puis nous passons la nuit sur un terrain vague. Durant la nuit, c'est le réveil des chiens. Il semble que la nuit soit leur royaume. Ils jappent d'une façon sinistre. Quelquefois, une meute s'approche à grande vitesse, entoure l'auto en jappant comme s'ils se préparaient à nous attaquer. Ils jouent, puis repartent. Nous nous sentons isolés en plein fief de bêtes atroces alors qu'en fait, nous sommes au coeur d'une grande ville, Fez. Les arabes aiment le bruit. La nuit, les chiens ne font que remplacer les klaxons des autos. Les nuits sont agréables et contrastent avec la lourdeur du jour, c'est bon pour nous et pour les chiens qui s'en donnent à coeur joie.
Fez

20 octobre le Jbel.
Départ pour Erfoud. Long trajet qui nous fait passer par une gamme de paysages allant des cèdres, au désert de la montagne et à la palmeraie. Les premières casbahs apparaissent aux Gorges du Ziz. Heureuse découverte. Nous nous arrêtons pour le café à Rich ou nous sommes envahis par une nuée de jeunes. Tout se passe bien jusqu'à ce que nous donnions un stylo à l'un d'eux. Alors c'est la furie. On s'arrache le stylo, on s'engouffre dans mes portières. Je dois calculer une fuite rapide. Le derniers kilomètres vers Erfoud se font la nuit. Nous coucherons sur les terrains d'un hôtel à Erfoud.
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Nous faisons la conversation avec deux jeunes arabes qui insistent pour que nous allions coucher au camping. L'un d'eux s'impose à nous comme guide pour la journée de demain. Dès leur départ, un jeune négroïde vient nous entretenir. Il logera presqu'avec nous, et nous devrons le mettre à la porte. Au matin, il sera aussi notre guide.

21 octobre. Goulamine
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Dès huit heures, il est à notre auto. Nous devons manoeuvrer pour le renvoyer pendant que nous nous lavons. Puis, tous les trois, nous partons à la cueillette des dattes. Il nous emmène là où son oncle et son père sont occupés à cueillir les dattes. Nous héritons d'une branche de dattes et donnons un dirham à l'oncle qui voudrait bien un petit coup. Pendant une pause, nous esquissons une sauvette. Nous comprenons que la journée sera longue et qu'elle pourrait nous coûter cher. Ici, vous n'avez pas de peine à trouver des guides, vous avez plutôt peine à vous en débarrasser.
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A Rissani, nous faisons 20 kilomètres sur une route qui nous enfonce dans le désert. Nous apercevons au loin, les dunes qui ressemblent à des montagnes mais nous ne pourrons jamais nous en approcher car on s'enlise dans le sable.
La route de Goulmina s'arrête soudainement à 30 kilomètres, et devient une piste des plus primitive. Nous craignons de nous aventurer surtout que la piste se divise par endroit. Nous retrouvons notre chemin et prenons la direction de Goulmina en repassant par Ksar es-souk, une rallonge de 30 kilomètres.
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Un jeune arabe nous aborde. Nous parlons de choses et d'autres. D'une fête berbère prévue pour demain. Il nous invite pour la tachina. Nous allons cueillir de l'eau soi-disant potable dans un ruisseau d'apparence infect. Plus tard, il feint d'avoir perdu 200 francs. Sur le moment, nous croyons que ce sera l'argent ou la tachina. Je lui donne 200 francs et lui dit adieu. Au matin, nous nous apercevons que nous avons été roulés. Il n'y a pas de fête bédouine. Nous décampons aussitôt sans chercher à le revoir.

22 octobre Zagora
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En route vers Ouarzazate. Les casbahs se font de plus en plus belles. A Boumaline, nous avons une crevaison pendant que nous faisons le plein d'eau. Un peu plus loin, une fête religieuse nous permet de nous arrêter un instant. Les femmes sont dans leurs plus beaux atours. Nous faisons un court arrêt puis filons sur Zagora au bout de la vallée du Draa. Le parcours est des plus pittoresque. Éblouissant. Nous sommes à l'intérieur même de la Palmeraie, des casbahs. Puis c'est la crevaison à nouveau. La vraie. En pleine vitesse sur la route sablonneuse. Les deux pneus arrière viennent de nous abandonner. Nous entrerons tard à Zagora.

Nous prenons la route pour Tegounite venant de Zagora. Au bout de la route c'est le no man's land, le désert, l'Algérie. Nous rencontrons un équipage de véhicules militaires. Il y a des officiers français qui nous invitent pour le soir à Zagora pour faire plus ample connaissance.

23 octobre, Agdz
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À l'hotel, on nous refuse d'échanger notre argent américain. Nous faisons des démarches à la gendarmerie puis à la poste. Peine perdue. Nous découvrons avec surprise la pénible condition d'être ainsi, loin dans le désert, sans argent marocain, sans coupons d'essence, démunis devant l'impossibilité de nous ravitailler malgré que nous ayons suffisamment de devises étrangères. Vous comprenez alors la difficulté d'être hors norme, de n'être pas un touriste ordinaire, pris en charge par les organisations officielles, les hôtels. Le manque d'eaau devient alors un détail illusoire. Vos dollars sont sans valeur. Nous réussissons à échanger 3 dollars avec des touristes français, cela suffira pour se rendre à Marrakech. Nous circulerons sur la route de gravier à faible allure pour ménager nos pneus. Nous nous arrêtons pour la nuit à Agdz.

24 octobre, Marrakech
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Après avoir passé les hauts-Atlas, nous entrons à Marrakech et prenons tout de suite contact avec les souks et la grande place. L'impertinence des vendeurs est bouleversante à Marrakech. Nous nous laissons tenter par une couverture que nous payons 45 dirhams contre une offre initiale de 75 dirhams. Nous passerons des heures à discuter et en prenant le thé. Les vendeurs semblent plus intéressés à de longues discussions plutôt qu'à vendre, il faut jouer le jeu, c'est agréable et ça leur plait. Puis nous découvrons le souk berbère. Là, les hommes bleus du désert offrent aux boutiquiers leurs plus belles pièces. Elles sont magnifiques. Nous pourrions facilement en rafler quelques unes. Sur la place, c'est un spectacle éblouissant. Ici des jongleurs, des musiciens, des poètes, des joueurs, amusent la foule qui regarde religieusement les spectacles.

25 octobre, Agadir
image empruntée Anciennement appelée Amogdul (la bien gardée) en Berbère, Mogdura en portugais, Mogadur en espagnol et Mogador en français, Essaouira (la bien dessinée).
La région passa sous influence romaine à la suite de la Troisième guerre punique en 146 av. J.-C.. Rome fit un État-client de ce royaume dont le souverain le plus illustre fut Juba II. Le souverain favorisa l'installation de son équipage et le développement de l'industrie des salaisons et de la pourpre. C'est cette seconde activité (production de teinture à partir d'un coquillage : le murex) qui explique la renommée des îles Purpuraires (au large d'Essaouira) jusqu'à la fin de l'Empire romain. Cette couleur, chez les Anciens, était synonyme d'un rang social élevé. En 42 ap. J.-C., Rome finit par annexer le royaume berbère pour le transformer en province romaine de Maurétanie tingitane.
Au Moyen Âge, les marins portugais mesurent tous les avantages de cette baie et baptisent la ville Mogador, déformation probable du nom de Sidi Mogdoul, un marabout local.
(Widipedia)
Nous filons vers Agadir en passant par Essaouira. Là, une jeune homme nous arrête, c'est le "guide noir", le femeux guide noir d'Essaouira. Pendant 15 minutes, il nous débite ses qualités, pourquoi il porte ce nom, l'intérêt d'Essaoura, enfin, tout un baratin qui nous amuse, Après cette entrevue nous savons tout sur Essaouira. Au retour, nous pourrons la visiter seuls. Nous filons sur Agadir, ville neuve mais qui nous surprend par la qualité de son architecture où règne le bon goût. Sur une telle échelle, c'est la première fois que nous faisons face à un ensemble réussi d'architecture urbaine. La journée se termine sur la plage. Marie s'installe sous la douche, une cabane qui trône au fond de la plage. Je l'entends qui panique et j'aperçois des jeunes gens qui se précipitent hors des cabines jouxtant sa cabine, j'arrive trop tard pour la protéger du regard indiscret des jeunes hommes qui furent témoins de ses ablutions par des ouvertures pratiquées dans les cabines. Elle m'en voudra longtemps.

26 octobre Tafraoute
Moulay IdrisMoulay Idris
Nous filons sur Goulimine pour le marché aux chameaux qui a lieu ce samedi plutôt que dimanche tel qu'annoncé sur les dépliants touristiques. Nous faisons les 200 kilomètres en deux heures et arriverons trop tard pour le marché. Nous passons la nuit à Tafraoute, dans un décors féérique. Les pierres s'échafaudent en des dessins compliqués et d'une instabilité apparente qui fait peur.
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27 octobre, retour à Agadir
Nous remontons vers Agadir après ce court séjour aux portes du Sahara espagnol et de la Mauritanie.

28 octobre, Ourgane
Départ d'Agadir au moment de la visite des rois belges. Les arabes ont sorti leurs chameaux et les populations sont amenées par camions pour assister à la fête. Nous faisons monter un couple de danois jusqu'à Taroudannt puis entreprenons la traversée du col de Tizi-n-Test qui est impressionnnant. Pendant près d'une heure, nous sommes suspendus sur la corniche comme nulle part ailleurs. Puis nous nous engageons sur la route de terre jusqu'à la nuit. J'imagine alors, que nous crevons dès que nous quittons la piste pour la chaussée pavée. Mon pessimisme naturel me fait ainsi imaginer les pires désastres routiers. Nous couchons près de la route, en face d'un restaurant. Ce sera une nuit atroce entrecoupée par les passages violents des camions.

29 octobre, Asni.
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Direction Asni, après une heure de route, nous crevons, tel qu'imaginé le jour d'avant, sur une route en bon état. C'est la troisième crevaison en quelques jours. Mes rêves semblent se réaliser, il faudra cesser de rêver pour que ces rêves ne deviennent pas réalité. Nous faisons halte à Tahanaoute pour le marché berbère, sans trouver les bijoux, les tapis, que nous espérions y trouver. puis nous faisons route sur Marrakech. A Marrakech, nous retrouvons avec plaisir la grande place, et les spécialistes du baratin. Je dérobe une photo au jongleur de serpent avec la complicité de mon ami porteur d'eau, pendant que des touristes plus représentatifs font les gros frais d'une séquence filmée.

30 octobre, direction Rabat via Safri
Nous faisons notre quatiième crevaison. Cette fois-ci c'est un pneu neuf. Je suis découragé. Il faut trouver la raison du mal, puisqu'il y a anormalité, c'est certain. Je dégonfle mes pneus jusqu'à une pression largement inférieure à celle conseillée par le dépliant technique de Volkwagen, et faisant fi des recommandations d'un garagiste français. J'imagine que la température est trop élevée le jour et qu'elle surgonfle les pneus au-delà d'une pression acceptable pour qu'ils résistent aux affres de longues journées de route. Nous poursuivons sur Rabat, traversons Casablanca sans nous arrêter. Le soir nous couchons sur une plage avant d'entrer dans Rabat.

31 octobre Rabat
Visite nonchalante de Rabat. Il est difficile de visiter les villes. On ne sait trop où aller, où se trouvent les points d'intéret. Tout a été prévu dans le but de permettre l'utilisation des guides locaux faisant fi des voyageurs isolés. Je me gare sur un stationnement, un gardien s'approche et me demande 3 dirhams pour avoir gardé ma voiture alors que je ne fais qu'arriver. Je n'en peux plus et lui décharge tout ce que je retiens de hargne depuis trop longtemps. Nous allons pour quelques heures au centre littéraire américain, pour lire la presse. A la poste, nous dépouillons enfin notre courrier pour découvrir que nous avons la nostalgie du pays et de ses plaintes que nous avions pourtant si peu de regret à quitter.

1 novembre, Meknes.
Les démarches entreprises pour l'achat d'un pneu sont inutiles. On ne me vend pas si je n'ai pas l'argent en dirhams. Nous trouvons des dirhams à l'hôtel Hilton mais de retour au garage, l'achat du pneu est toujours impossible, in n'y a plus de pneu disponible. Nous ferons route sur Meknez. En route, j'évite de justesse un cycliste à un rond point. Le système de priorité à droite donne toute latitude à la témérité et à l'imprudence. Héritage des français, ce principe fait fi du bon jugement. On porte attention uniquement à ce qui se passa à sa droite, oubliant tout ce qui se passe derrière ou à gauche de soi et l'on semble prêt à y laisser sa propre vie puisque l'on est dans son droit.
Nous faisons un voyage nocturne dans les rues de Meknes, des plus fatiguant. La pluie, le vent, la noirceur et les piétons imprudents nous font passer quelques heures d'un cauchemar interminable.

2 novemble, Meknes.
Nous parcourons la Medina de Meknes à la recherche de nos amis. Un jeune nous amène à la maison d'Idriss. Son frère nous y reçoit, nous mangeons avant de rejoindre Idriss à l'école militaire où il est emfermé pour 10 ans, ayant signé comme volontaire dans l'armée. Nous filons ensuite chez Boukili qui est absent. Nous nous arrêtons à la boutique de notre ami artisan Sekhat avec qui nous passons le reste de la journée. Nous lui achèterons deux magnifiques plateaux de cuivre. Au passage, les jeunes nous interpellent. Ils nous connaissent tous. Ils étaient tous à la porte Bob Mansour l'autre soir. Nous reconnaissons des visages connus. Un jeune doit nous faire rencontrer d'autres canadiens-français ce soir. Soirée agréable à la maison des Lapierre en compagnie des Larivière de Fez. Nous renouons avec les nouvelles récentes du pays. Ces gens, qui sont ici depuis 1 an et 1 mois respectivement, ne connaissent que peu le pays et ses habitants. Ils semblent se désintéresser des us et coutumes et de l'artisanat local. Leur maison est très européenne. Ils mangent à gros frais, des aliments canadiens. Pour eux, le stage marocain n'est rien d'autre qu'un changement de région ou de quartier. Ils se désintéressent des gens d'ici qui ne sont que d'autres canadiens légèrement différents, qui n'ont rien à leur apporter. On sent là, la hâte du gouvernement canadien à envoyer des auxiliaires dans les pays francophones, de façon à ne pas être doublé par le Québec dans ce domaine comme dans beaucoup d'autres.

3 novembre, Moulay-Idris.
Après une courte visite dans les souks et chez nos amis, nous passons chez la cousine de Boukili ou nous prenons le thé. Boukili nous fait présent d'un magnifique ensemble de table brodé à la main par sa cousine. Puis nous roulons vers Moulay-Idriss sous la pluie et le brouillard. Nous visitons rapidement Moulay-Idriss et nous prenons le thé dans un débit miteux ou l'on fume le kif. Nous filons ensuite sur Fez sur une route détrempée par une pluie incessante. Nous croisons un cortège étrange, une mariée enfermée sur un baldaquin et que les hommes portent à la maison du futur mari. Les gens se bousculent pour monter avec nous. Nous prenons deux passagers mais les autres se glissent sur le toit et nous avons peine à les en faire descendre. La route de Fez est coupée, nous devons faire demi-tour sur Meknes. Là, nous prenons Allal, le frère d'Idriss, qui s'ajoute à notre équipée et nous repartons vers Fez. Boukili nous fait entendre des chants égyptiens durant tout le trajet, c'est triste mais très beau.
Moulay IdrisMoulay Idris Moulay Idriss, ou Zerhoun (en arabe) est une ville du Maroc. Elle est située à 25 km de Meknès, dans la région de Meknès-Tafilalet. Cette ville abrite le sanctuaire du fondateur de la dynastie Idrisside, Idrîs Ier. Le titre de ville sainte laisse à penser qu'elle ne présente un intérêt que pour les musulmans. Il n'y a pourtant aucune pression religieuse sur le touriste. Seul l'accès au sanctuaire est interdit aux non-musulmans. (Widipedia)

4 novembre, Fez.
A Fez, nours revisiterons le bazar avant d'aller manger à l'endroit où nous étions lors de notre premier séjour dans la ville. Nous mangeons à l'arabe puis faisons des enregistrements alternant entre Boukili et Allal, des chants égyptiens aux chants bédouins. Puis, nous enregistrons une conversation à bâtons rompus, à quatre, qui passe de sujets les plus divers, en français et en arabe. Document exceptionnel. Puis nos amis nous quittent pour toujours.

5 novembre, Oujda.
Après une visite des monuments de Fez, nous partons en direction de Oujda. Là, sitôt notre arrivée, nous échangeons de l'argent et sommes littéralement enlevés par des gens qui nous invitent au bar. Là, nous sommes entourés de curieux phénomènes. Un dandy arabe, un peu gigolo, un ancien arabe un peu beatnik, qui a marié une finlandaise. Il veut nous ammener voir celle-ci et ses enfants blonds. Nous décidons de rester pour ne pas défaire le groupe. La bisbille s'engage à ce sujet et l'ami repart un peu fâché. Il revient plus tard avec ses deux mômes et sa femme que l'idée n'a vraisemblablement pas plu. Elle est en rogne et nous le fait sentir. On sent l'espèce de gloire de cet homme à nous présenter sa femme occidentale.



Marco Polo ou le voyage imaginaire (Voyages et photos de l'auteur, 1968-69) © 2007 Jean-Pierre Lapointe


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