


Maroc, Algérie, Tunisie et Lybie.
Maroc, le 17 octobre 1968
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Nous faisons monter notre receleur arabe qui se rend à Tetuan ainsi qu'un couple étrange de voyageurs britanniques. A Tetuan, nous prenons le thé à l'amante dans un jardin fleuri puis disparaissons dans les rues enchevêtrées des souks. La diversité des populations est ici sans pareil. Nous retrouvons notre auto à la station shell ainsi que notre ami qui nous ammène chez un assureur espagnol où nous assurons notre auto pour un prix dérisoire, puis nous quittons pour Martil.
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Martil est une plage à 10 km de Tetuan où nous passerons la nuit. Martil est une petite ville toute blanche, aux rues calmes, pleines de fraîcheur, derrière une plage merveilleuse. Nous passons la nuit sur les terrains maintenant déserts de la station balnéaire.
18 octobre, Tetuan
Retour à Tetuan, visite du palais royal où l'ancien "arabisme" plein de finesse et de subtilité côtoie l'arabisme moderne, sans saveur. Puis nous prenons la route de Meknes. A Chechaouen, nous apercevons notre ami hippie d'origine suisse que nous faisons monter. Plus loin, un anglais que nous avons vu ailleurs et qui vient rejoindre notre groupe. Nous faisons route jusqu'au Ouezzane et profitons de ce trajet pour mieux espionner le caractère de nos passagers. Le suisse est plein d'intérêt. Il voyage avec presque rien. Il n'a qu'un sac de couchage, une pipe et quelques feuilles pour fumer, des papiers et c'est tout. Nous les laissons à Ouezzane après avoir échangé beaucoup de trucs. Sur la route de Meknes, nous faisons halte à Sidi-Kacem où une foire quelconque se déroule. Des amuseurs bédouins opèrent ici et là mais ce qui retient notre attention, c'est un orchestre très primitif dont les rythmes sont excitants. A Meknes, nous nous rendons au bureau du tourisme où nous passeront la nuit. Une promenade nocturne dans la ville nous amène à rencontrer, près de la porte Bab Mansour, une cohorte de jeunes avec lesquels nous discutons pendant des heures. L'un d'eux nous raconte une histoire marrante recueillie dans un journal. "Un français entre dans un magasin canadien où l'on offre pour le prix de souliers, un boni d'une paire de claques. Le français n'achètera pas croyant recevoir une paire de gifles".
Demain, deux des jeunes gens nous accompagneront à Fez pour la visite de la fameuse Medina.
19 octobre, Meknes
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20 octobre le Jbel.
Départ pour Erfoud. Long trajet qui nous fait passer par une gamme de paysages allant des cèdres, au désert de la montagne et à la palmeraie. Les premières casbahs apparaissent aux Gorges du Ziz. Heureuse découverte. Nous nous arrêtons pour le café à Rich ou nous sommes envahis par une nuée de jeunes. Tout se passe bien jusqu'à ce que nous donnions un stylo à l'un d'eux. Alors c'est la furie. On s'arrache le stylo, on s'engouffre dans mes portières. Je dois calculer une fuite rapide. Le derniers kilomètres vers Erfoud se font la nuit. Nous coucherons sur les terrains d'un hôtel à Erfoud.
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21 octobre. Goulamine
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Un jeune arabe nous aborde. Nous parlons de choses et d'autres. D'une fête berbère prévue pour demain. Il nous invite pour la tachina. Nous allons cueillir de l'eau soi-disant potable dans un ruisseau d'apparence infect. Plus tard, il feint d'avoir perdu 200 francs. Sur le moment, nous croyons que ce sera l'argent ou la tachina. Je lui donne 200 francs et lui dit adieu. Au matin, nous nous apercevons que nous avons été roulés. Il n'y a pas de fête bédouine. Nous décampons aussitôt sans chercher à le revoir.
22 octobre Zagora
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Nous prenons la route pour Tegounite venant de Zagora. Au bout de la route c'est le no man's land, le désert, l'Algérie. Nous rencontrons un équipage de véhicules militaires. Il y a des officiers français qui nous invitent pour le soir à Zagora pour faire plus ample connaissance.
23 octobre, Agdz
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24 octobre, Marrakech
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25 octobre, Agadir
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Anciennement appelée Amogdul (la bien gardée) en Berbère, Mogdura en portugais, Mogadur en espagnol et Mogador en français, Essaouira (la bien dessinée). La région passa sous influence romaine à la suite de la Troisième guerre punique en 146 av. J.-C.. Rome fit un État-client de ce royaume dont le souverain le plus illustre fut Juba II. Le souverain favorisa l'installation de son équipage et le développement de l'industrie des salaisons et de la pourpre. C'est cette seconde activité (production de teinture à partir d'un coquillage : le murex) qui explique la renommée des îles Purpuraires (au large d'Essaouira) jusqu'à la fin de l'Empire romain. Cette couleur, chez les Anciens, était synonyme d'un rang social élevé. En 42 ap. J.-C., Rome finit par annexer le royaume berbère pour le transformer en province romaine de Maurétanie tingitane. Au Moyen Âge, les marins portugais mesurent tous les avantages de cette baie et baptisent la ville Mogador, déformation probable du nom de Sidi Mogdoul, un marabout local. (Widipedia) |
26 octobre Tafraoute
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27 octobre, retour à Agadir
Nous remontons vers Agadir après ce court séjour aux portes du Sahara espagnol et de la Mauritanie.
28 octobre, Ourgane
Départ d'Agadir au moment de la visite des rois belges. Les arabes ont sorti leurs chameaux et les populations sont amenées par camions pour assister à la fête. Nous faisons monter un couple de danois jusqu'à Taroudannt puis entreprenons la traversée du col de Tizi-n-Test qui est impressionnnant. Pendant près d'une heure, nous sommes suspendus sur la corniche comme nulle part ailleurs. Puis nous nous engageons sur la route de terre jusqu'à la nuit. J'imagine alors, que nous crevons dès que nous quittons la piste pour la chaussée pavée. Mon pessimisme naturel me fait ainsi imaginer les pires désastres routiers. Nous couchons près de la route, en face d'un restaurant. Ce sera une nuit atroce entrecoupée par les passages violents des camions.
29 octobre, Asni.
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30 octobre, direction Rabat via Safri
Nous faisons notre quatiième crevaison. Cette fois-ci c'est un pneu neuf. Je suis découragé. Il faut trouver la raison du mal, puisqu'il y a anormalité, c'est certain. Je dégonfle mes pneus jusqu'à une pression largement inférieure à celle conseillée par le dépliant technique de Volkwagen, et faisant fi des recommandations d'un garagiste français. J'imagine que la température est trop élevée le jour et qu'elle surgonfle les pneus au-delà d'une pression acceptable pour qu'ils résistent aux affres de longues journées de route. Nous poursuivons sur Rabat, traversons Casablanca sans nous arrêter. Le soir nous couchons sur une plage avant d'entrer dans Rabat.
31 octobre Rabat
Visite nonchalante de Rabat. Il est difficile de visiter les villes. On ne sait trop où aller, où se trouvent les points d'intéret. Tout a été prévu dans le but de permettre l'utilisation des guides locaux faisant fi des voyageurs isolés. Je me gare sur un stationnement, un gardien s'approche et me demande 3 dirhams pour avoir gardé ma voiture alors que je ne fais qu'arriver. Je n'en peux plus et lui décharge tout ce que je retiens de hargne depuis trop longtemps. Nous allons pour quelques heures au centre littéraire américain, pour lire la presse. A la poste, nous dépouillons enfin notre courrier pour découvrir que nous avons la nostalgie du pays et de ses plaintes que nous avions pourtant si peu de regret à quitter.
1 novembre, Meknes.
Les démarches entreprises pour l'achat d'un pneu sont inutiles. On ne me vend pas si je n'ai pas l'argent en dirhams. Nous trouvons des dirhams à l'hôtel Hilton mais de retour au garage, l'achat du pneu est toujours impossible, in n'y a plus de pneu disponible. Nous ferons route sur Meknez. En route, j'évite de justesse un cycliste à un rond point. Le système de priorité à droite donne toute latitude à la témérité et à l'imprudence. Héritage des français, ce principe fait fi du bon jugement. On porte attention uniquement à ce qui se passa à sa droite, oubliant tout ce qui se passe derrière ou à gauche de soi et l'on semble prêt à y laisser sa propre vie puisque l'on est dans son droit.
Nous faisons un voyage nocturne dans les rues de Meknes, des plus fatiguant. La pluie, le vent, la noirceur et les piétons imprudents nous font passer quelques heures d'un cauchemar interminable.
2 novemble, Meknes.
Nous parcourons la Medina de Meknes à la recherche de nos amis. Un jeune nous amène à la maison d'Idriss. Son frère nous y reçoit, nous mangeons avant de rejoindre Idriss à l'école militaire où il est emfermé pour 10 ans, ayant signé comme volontaire dans l'armée. Nous filons ensuite chez Boukili qui est absent. Nous nous arrêtons à la boutique de notre ami artisan Sekhat avec qui nous passons le reste de la journée. Nous lui achèterons deux magnifiques plateaux de cuivre. Au passage, les jeunes nous interpellent. Ils nous connaissent tous. Ils étaient tous à la porte Bob Mansour l'autre soir. Nous reconnaissons des visages connus. Un jeune doit nous faire rencontrer d'autres canadiens-français ce soir. Soirée agréable à la maison des Lapierre en compagnie des Larivière de Fez. Nous renouons avec les nouvelles récentes du pays. Ces gens, qui sont ici depuis 1 an et 1 mois respectivement, ne connaissent que peu le pays et ses habitants. Ils semblent se désintéresser des us et coutumes et de l'artisanat local. Leur maison est très européenne. Ils mangent à gros frais, des aliments canadiens. Pour eux, le stage marocain n'est rien d'autre qu'un changement de région ou de quartier. Ils se désintéressent des gens d'ici qui ne sont que d'autres canadiens légèrement différents, qui n'ont rien à leur apporter. On sent là, la hâte du gouvernement canadien à envoyer des auxiliaires dans les pays francophones, de façon à ne pas être doublé par le Québec dans ce domaine comme dans beaucoup d'autres.
3 novembre, Moulay-Idris.
Après une courte visite dans les souks et chez nos amis, nous passons chez la cousine de Boukili ou nous prenons le thé. Boukili nous fait présent d'un magnifique ensemble de table brodé à la main par sa cousine. Puis nous roulons vers Moulay-Idriss sous la pluie et le brouillard. Nous visitons rapidement Moulay-Idriss et nous prenons le thé dans un débit miteux ou l'on fume le kif. Nous filons ensuite sur Fez sur une route détrempée par une pluie incessante. Nous croisons un cortège étrange, une mariée enfermée sur un baldaquin et que les hommes portent à la maison du futur mari. Les gens se bousculent pour monter avec nous. Nous prenons deux passagers mais les autres se glissent sur le toit et nous avons peine à les en faire descendre. La route de Fez est coupée, nous devons faire demi-tour sur Meknes. Là, nous prenons Allal, le frère d'Idriss, qui s'ajoute à notre équipée et nous repartons vers Fez. Boukili nous fait entendre des chants égyptiens durant tout le trajet, c'est triste mais très beau.
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Moulay Idriss, ou Zerhoun (en arabe) est une ville du Maroc. Elle est située à 25 km de Meknès, dans la région de Meknès-Tafilalet. Cette ville abrite le sanctuaire du fondateur de la dynastie Idrisside, Idrîs Ier. Le titre de ville sainte laisse à penser qu'elle ne présente un intérêt que pour les musulmans. Il n'y a pourtant aucune pression religieuse sur le touriste. Seul l'accès au sanctuaire est interdit aux non-musulmans. (Widipedia) |
4 novembre, Fez.
A Fez, nours revisiterons le bazar avant d'aller manger à l'endroit où nous étions lors de notre premier séjour dans la ville. Nous mangeons à l'arabe puis faisons des enregistrements alternant entre Boukili et Allal, des chants égyptiens aux chants bédouins. Puis, nous enregistrons une conversation à bâtons rompus, à quatre, qui passe de sujets les plus divers, en français et en arabe. Document exceptionnel. Puis nos amis nous quittent pour toujours.
5 novembre, Oujda.
Après une visite des monuments de Fez, nous partons en direction de Oujda. Là, sitôt notre arrivée, nous échangeons de l'argent et sommes littéralement enlevés par des gens qui nous invitent au bar. Là, nous sommes entourés de curieux phénomènes. Un dandy arabe, un peu gigolo, un ancien arabe un peu beatnik, qui a marié une finlandaise. Il veut nous ammener voir celle-ci et ses enfants blonds. Nous décidons de rester pour ne pas défaire le groupe. La bisbille s'engage à ce sujet et l'ami repart un peu fâché. Il revient plus tard avec ses deux mômes et sa femme que l'idée n'a vraisemblablement pas plu. Elle est en rogne et nous le fait sentir.
On sent l'espèce de gloire de cet homme à nous présenter sa femme occidentale.
Marco Polo ou le voyage imaginaire (Voyages et photos de l'auteur, 1968-69) © 2007 Jean-Pierre Lapointe